Effets « mutatifs » des processus de création du savoir anthropologique
Entreprendre une étude anthropologique de terrain suppose qu’il y ait une sorte de co-construction entre l’objet et son sujet c’est-à-dire entre l’objet et l’anthropologue. Il n’y aurait pas d’avant et pas d’après dans cette décision, au travers de ce choix. L’Autre participerait à cette recherche et le thème de cette recherche ne serait pas assimilable à un statut d’objet en ce sens qu’il ne relèverait pas de l’interprétation mais d’une recherche commune. Etudier l’Autre qu’il soit proche ou lointain, semblable ou différent, c’est aussi et nécessairement faire l’expérience de l’étrangeté, c’est se risquer à l’aventure et dans une certaine mesure à la déraison humaine.
En situation, ce choix relève nécessairement d’une appartenance partielle au sujet. Ainsi l’identité sociale de l’anthropologue rendue incertaine et relative, pour être reconnue, doit passer par sa propre analyse, exprimant par-là une nécessité déontologique, celle de faire sa propre analyse en ce qu’elle pourrait nous éclaircir non sur le sujet lui-même mais sur les choix du sujet, sur la teneur scientifique de son étude et sur les glissements d’affects, de représentations, d’interprétations qui mettraient éventuellement en jeu le principe du transfert et du contre-transfert bien connu des psychanalystes. Cela reviendrait à se demander s’il existerait dans l’histoire du chercheur des éléments susceptibles d’interférer ou de modifier le terrain anthropologique, les résultats et le bon déroulement de ses travaux ? Plus directement, qu’est-ce qui l’a poussé à choisir cet objet d’étude ? Pourquoi et surtout pour qui œuvre t-il ?
Autant de questions fondamentales qui ne pourront être élucidées qu’au terme d’un cheminement parfois long et assidu.
Les déplacements de sens, de l’origine à sa mutation, consistent pour l’anthropologue à réinterroger sans cesse le décalage entre objet et contexte, entre objet et prénotions et enfin, entre objet et fantasme (les siens et ceux de sa culture). On passe alors de l’artefact d’un « régime de valeur » (selon la formule d’Arjun Appadurai) à un autre prétendu témoigner de cette alchimie.
Les écrits anthropologiques vont dans le sens de ces transformations ; repositionnements identitaires qui soulèvent la question de l’altérité : Serait-il concevable qu’il existe un chemin possible entre l’anthropologue et son sujet d’analyse ? Des échanges culturels et de savoir entre eux ont-ils lieu ? De quelle manière pourraient-ils se rejoindre dans des engagements communs ? Quel est l’impact de ces hybridations sur l’analyse supposée ? Il va de soi que de manière générale, les types de relations que ces entités exercent l’une contre l’autre ou l’une avec l’autre, interférent sur le champ de la recherche. Une fois les savoirs anthropologiques remaniés, les communications scientifiques sont censées rendre compte de ces interactions, voire de ces transformations. En ce sens par le jeu des interprétations le spécialiste reste acteur tout en devenant objet de sa propre étude. Nous sommes donc à même de nous demander ce qui constitue et caractérise une étude anthropologique ? Nous supposons que pour ce faire, les travaux scientifiques doivent s’ancrer dans une sorte de « processus testimonial » tant ils sont liés à un besoin de témoigner de l’histoire d’un peuple, de l’histoire de l’Homme.
par Stéphanie DUMAS
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