Altérité, « sécurité sociétale » et politisation française d’une vogue essentialiste

L’entrée du complexe identité nationale/immigration dans la programmation politique sarkhozienne a irrité les adversaires et les modérés. Cette entrée, dit-on dans les rangs de l’opinion antiprésidentielle, est une criminalisation de l’altérité par instrumentalisation politicienne et dangereuse de l’immigration et de l’identité nationale. Pour l’opinion antiprésidentielle, tout cela donne à penser que l’idéologie et les convictions de M. Sarkhozy sont en passe de devenir une succursale de l’extrême droite. De telles positions sont légitimes, notamment au regard des premiers résultats d’une telle démarche politicienne : malgré ses « réserves », le conseil constitutionnel vient d’entériner l’irruption de l’ADN des étrangers dans la loi commune, et après plus de 18000 expulsions en 2007, la politique des chiffres contre les illégaux se poursuit, le nombre de 25000 expulsés chaque année étant l’objectif du pouvoir. Dans cette démarche de répulsion de l’altérité, le discours de Dakar du 26 juillet 2007 occupe une place de choix : on y voit comment le président français, en avançant la théorie d’un homo africanicus tourné vers le passé et totalement coupé de la modernité, renouvelle l’imaginaire politique de la prime colonisation marqué par le schème de l’indigène. Mais les critiques antisarkhoziennes, modérées ou tranchées, auraient tort de ne voir dans les choix et la rhétorique du président français qu’une simple démarche tactique — d’ailleurs payante — en vue d’unifier les conservateurs, notamment en se démarquant du centre et en ramenant dans le giron classique de la droite républicaine les ressources idéologiques et symboliques jusque-là abandonnées à la rhétorique xénophobe et raciste de la droite extrême.

Notre propos est de dire que cette politique où l’ « autre » est la cible principale des discours et pratiques de ravitaillement identitaire est plus qu’un simple programme politique partisan et domestique destiné à « droitiser » la société française et à tirer le maximum de profit politique de cette unification tactique — et durable ( ?) — de la droite, qui ferait désormais face à une gauche « droit de l’hommiste » et ringardisée. Certes, il est possible que dans son élaboration et ses attentes, la classe hégémonique française fusionne identité nationale et immigration pour tenter de court-circuiter autre chose : l’exigence d’une refondation sociale au vu de la foule des attentes républicaines sur des registres contractuels variés, mais ayant tous trait à la gestion politique de l’altérité. On peut citer pêle-mêle : la montée des frontières intérieures, dont la crise des banlieues en 2005 fut l’un des symptômes, les velléités de regroupements communautaires, la tentation d’une conscience patriotique de facture ethnico-nationale et raciale, toutes choses en partie nourries à la base par une mauvaise gestion d’un solde colonial à l’égard duquel le personnel de l’exécutif français a exercé son droit au refus de la « repentance », etc.

Nous montrons ici que l’un des enjeux de cette manière décomplexée de poser politiquement et « sans tabous » la question de l’altérité, de la poser en termes de problème, en termes massifs de populations floues à chiffrer, à déchiffrer et à contenir (à l’extérieur) n’est pas très autonome, ses tenants épistémologiques ont parenté liée à autre chose. Cet « autre chose », c’est la théorisation contemporaine de l’essentialisme politico-culturel, comme réponse unique — et sans doute peu cultivée — aux interrogations diverses liées à la mondialisation, à la fin des États-nations, aux nouvelles migrations et à la naissance des États-régions. Il faut revenir sur la trajectoire de cette théorisation essentialiste. Ce retour montre que cette théorisation essentialiste est le « mal originaire » dont la saisie peut être nécessaire à une compréhension anthropologique de l’actuelle déconstruction politique de l’altérité, où la forme et le contenu de sa politisation française comme cadre de programmation d’une action gouvernementale n’en serait qu’une figure. À partir de l’énoncé de la « sécurité sociétale », cette théorisation essentialiste stipule d’emblée que, pour l’identité nationale, l’immigration est aujourd’hui le principal problème. Qu’est-ce à dire ? Comment l’entrée au gouvernement français de la fusion identité nationale/immigration politise cet archaïsme intellectuel, et pour quels enjeux quant au quant-à-soi de l’identité abstraite de la France ?

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Altérité, « sécurité sociétale » et politisation française d’une vogue essentialiste
Par Ange Bergson Lendja Ngnemzué

Posté le 18 novembre 2007 par Ange Bergson Lendja Ngnemzué


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