Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie

Préambule

À l’occasion des Assises de l’anthropologie qui se sont tenues au musée de l’Homme et au musée du quai Branly du 12 au 15 décembre 2007, certaines des personnes présentes se sont accordées sur la nécessité d’agir rapidement, pour une amélioration des conditions actuelles de recherche des jeunes chercheurs et plus globalement sur un positionnement de l’anthropologie française face aux changements (institutionnel et politique) en cours.

Il va sans dire que la mise en application des directives récentes concernant une modification en profondeur de l’enseignement et de la recherche (plus spécifiquement de leurs financements) laisse à penser une dérive gestionnaire et utilitariste de nos pratiques, au profit d’intérêts dûment orientés, désengageant à terme l’anthropologue de la temporalité et de l’investissement propres à la construction de ses objets. (N’est-ce pas en ces deux aspects que se définit pour une part la qualité de toute recherche ?)

Propositions

Nos propositions sont les suivantes :

1- Mise en place d’associations de recherche pour les doctorants et post-doctorants au sein de leurs laboratoires. Et/ou reconnaissance par ces mêmes laboratoires, d’associations existantes en lien avec une ou plusieurs de leurs thématiques de recherche.

2- Ces associations de recherche devront être officiellement reconnues par ces laboratoires et leurs institutions de rattachement, à des fins d’obtention de financements auprès des institutions de recherche et/ou de financement (universités, CNRS, ministère de la recherche, municipalités, régions, départements, conseils européens, fondations etc..).

3- Représentativité des jeunes chercheurs dans les AG des laboratoires et participation aux prises de décisions.

4- Prise en compte des travaux et publications des jeunes chercheurs dans les laboratoires.

5- Mise en place, quand c’est possible, d’un contrat / protocole de recherche en coopération avec les participants de l’enquête ethnographique pour définir les termes de l’engagement du chercheur en fonction des préoccupations communes au chercheur et aux participants de l’enquête.

6- Possibilité pour les chercheurs hors statuts et post-doctorants de monter et diriger ou co-diriger des programmes de recherche de type ANR.

7- Possibilité, dans le cadre des programmes de recherche de type ANR de salarier des doctorants et post-doctorants.

8- Mise en place de bourses sur critères sociaux et/ou pédagogiques de type Crous pour tous les doctorants non allocataires (qui n’ont accès ni aux bourses de type étudiants ni aux minimums sociaux).

9- Possibilité de postuler à l’allocation de recherche au cours des 1re, 2e et 3e année de doctorat. Supposant une augmentation notable du nombre d’allocations, dont sont dotées chaque année chaque école doctorale.

10- Une reconnaissance des approches, terrains, objets et méthodes de l’anthropologie par les institutions d’orientation professionnelle (ANPE, UNEDIC ou de la tierce institution qui procèdera de la fusion des deux). En vue d’une création, à court terme, d’un régime adapté à la réalité de nos pratiques.

11- Afin de maintenir la spécificité d’une recherche qualitative et de longue durée, il convient de conditionner l’autonomie des universités à une répartition proportionnelle du budget des universités entre les différents départements, (y compris les disciplines dont la rentabilité et les profits ne sont pas d’ordre financier, comme l’anthropologie, la philosophie ou la littérature.)

12- Investir et s’approprier le champ médiatique (notamment les nouveaux médias) pour réintroduire l’analyse anthropologique critique et reposer les termes du débat actuel sur l’altérité, l’immigration, les discriminations et la figure de « l’étranger » tel qu’elle est construite dans les médias généralistes et le ministère de l’identité nationale et de l’immigration triée. L’anthropologie se doit d’être présente sur ces questions.

Premiers signataires

Arnaud Morvan, Ghali Beniza, Frédérique Guyader, Sanaa Mefiteh, Alexis Roy, Florent Molle


Posté le 30 décembre 2007 par Laurent Bazin

41 commentaire(s)

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 14 mars 2017 15:23, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 13 mars 2017 14:43, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 17 janvier 2017 02:39, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 16 janvier 2017 09:40, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 15 janvier 2017 21:17, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 15 janvier 2017 16:11, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 15 janvier 2017 06:07, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 15 janvier 2017 05:37, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 15 janvier 2017 05:17, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 14 janvier 2017 23:19, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 14 janvier 2017 22:25, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 14 janvier 2017 04:26, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 14 janvier 2017 01:27, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 12 janvier 2017 13:53, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 12 janvier 2017 09:46, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 12 janvier 2017 05:27, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 22 décembre 2016 17:59, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 12 décembre 2016 22:19, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 12 décembre 2016 21:52, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 23 novembre 2016 10:54, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 13 octobre 2016 01:55, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 13 octobre 2016 00:36, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 13 octobre 2016 00:36, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 13 octobre 2016 00:06, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 12 octobre 2016 22:46, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 11 octobre 2016 10:33, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 11 octobre 2016 10:27, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 6 octobre 2016 23:42, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 6 octobre 2016 22:40, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 6 octobre 2016 22:16, par Georges Foity

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Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 27 janvier 2008 16:53, par Jacques Martin

Formidable les enfants, vous êtes for-mi-da-ble... Comment ? Mais oui... Votre motion aussi est for-mi-dable :-)

Mais si vous continuez à griffer vos petits amis aux avis différents du votre, peu vont répondre à votre invitation au dialogue... Il en faut des années pour apprendre à respecter la différence ;-)

Si vous êtes un peu plus sage, à la fin de l’émission, il y a des cadeaux qui vous attendent derrière le rideau, et un 10 donné par vos amis :-)

Jaques Martin

Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 27 janvier 2008 12:21, par Ghali Beniza

Complément de réponse aux remarques faites par Grégoire Schlemmer.

De prime abord, il n’y aurait rien à répondre à cette sorte d’émoustillement d’ego amalgamant à tort jugements de fait ou de réalité et jugements de valeur, ou bien encore affirmant de manière erronée parce qu’éhontée, une primauté des valeurs orientant ces dits jugements sur une orientation pragmatique tentant l’ébauche d’une amélioration notable des conditions d’étude et de recherche d’une frange non négligeable de la population universitaire (et non universitaire émanant de celle-ci). Quelle finalité pourrait avoir une mobilisation sociale, si ce n’est l’ouverture d’une négociation en présence de l’ensemble des parties concernées ? En quoi un octroi de moyens supplémentaires, effectué au prorata du nombre de doctorants inscrits, aurrait quelque influence ou incidence sur le nombre de doctorants formés, présent et à venir ? Supposer pareille incidence, corroborerait la volontaire prévalence des logiques financières ou économiques sur la fonction qui incombe à l’enseignement comme à la recherche. A quel titre, semblable prévalence pourrait-elle être justifiée (puisque l’essentiel de la répartition budgétaire publique, ne procède que de décisions politiques) ?...La posture idéologique visant le démantèlement d’un service publique soit une réduction drastique du nombre de ses fonctionnaires (donc par voie de conséquence du nombre de docteurs aspirant à l’octroi d’un poste dit de recherche) à ceci de paradoxal (dès qu’il s’agit de la recherche et de l’enseignement) qu’elle revendique une apparente autonomie financière pour ces deux secteurs de la vie publique, en escomptant sur l’éventuel engagement de fonds privés en demande d’une inféodation plus grande de l’enseignement et de la recherche aux intérêts par ces fonds représentés, tout en revendiquant pour elle (il est ici encore question de cette même posture idéologique) le pilotage de la politique publique de recherche à laquelle elle n’est pas en mesure d’édicter la moindre de ses avancées. Quelle réception (ou crédit) peut on accorder au maître mot des prétendues réformes (touchant de près la recherche et l’université) précédemment amorcées et menées de front (selon ses dires) par l’actuel gouvernement, dans la mesure où l’ensemble des prescriptions faites sous couvert de lois, préceptes, principes et décrets ne font qu’entériner l’observable abolition de la distinction (et de la différenciation) de l’ensemble des sphères de rationalité (qu’elles soient politiques, économiques, scientifiques, culturelles et autres), au profit de la seule rationalité économico-politique (ou marchande) prenant le pas sur des impératifs sociétaux jadis érigés en vertu, à savoir le bien être collectif et individuel ? L’indigent questionnement des mesures et des politiques qui ont cours ne donne plus lieu, à cet autre questionnement autrement plus louable visant : la « capacité d’une société à assurer à l’ensemble de ses membres les conditions d’une vie réussie » ; puisqu’en effet, les seules exigences indistinctement allouées à l’ensemble des dites sphères de rationalité sont celles de la croissance, de la performance, de la concurrence et de la productivité. Si bien qu’au regard de la structuration actuelle du champ économique, il est à craindre que l’accomplissement de ces « impératifs » étendus aux autres champs qui lui sont concomitants, se fasse au détriment d’un plus grand nombre.

Ghali Beniza

Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 24 janvier 2008 14:21, par Arnaud Morvan

Quelques précisions concernant la motion, en réponse aux remarques de Grégoire Schlemmer.

Tout d’abord il ne faudrait pas prendre le texte pour ce qu’il n’est pas. La motion / propositions jeunes chercheurs ne prétend pas être un rapport complet offrant des solutions clés en main pour résoudre les problèmes de précarité de la recherche en sciences sociales. Il s’agissait, après les Assises, de rédiger un texte court pour lancer des pistes de réflexions aussi variées que possible et susciter une mobilisation, qui jusqu’à présent n’a pas vraiment eu lieu de manière collective.

Ensuite, la motion ne se limite pas aux problèmes des doctorants, post-docs et hors statuts. Elle touche aussi au positionnement de l’anthropologie française par rapports aux diverses questions évoquées pendant les Assises, notamment la session sur l’engagement du chercheur. (voir le préambule de la motion). D’où la présence de plusieurs points n’ayant pas de rapport direct avec la précarité des chercheurs. (les points 5 et 12 qualifiés de pétitions de principes idéalistes n’ayant rien à voir avec la condition des jeunes chercheurs).

Concernant les difficultés de mise en place de certaines propositions, l’argument selon lequel il faudrait s’interdire d’évoquer d’éventuelles modifications des organismes de recherche (CNRS, universités, laboratoires, ANR) sous prétexte que cela va être « une sacrée paire de manche » me semble un peu faible. Personne n’a jamais prétendu que ce serait facile et au point ou nous en sommes, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de se fermer des pistes. (même si on n a pas le ministre dans la poche)

Enfin sur le soi-disant flou général et la non-pertinence de certaines propositions (points 1, 2, 6 et 7), je vous invite d’abord à relire la motion, et ensuite, à regarder sur cette page, les commentaires détaillés concernant les associations de recherche et les programmes de l’Agence Nationale de la Recherche ; le format de la motion ne nous permettant pas d’entrer dans des détails parfois longs et complexes.

L’important est maintenant de définir au sein de nouvelles structures (notamment celle issue du rapprochement de l’AFA et de l’APRA, et/ou d’une nouvelle association de docteurs et doctorants), des objectifs communs et les moyens de les mettre en place.

En ce qui concerne la charte des thèses, c’est une piste intéressante mais la charte est pour le moment dans une impasse : inappliquée et inapplicable dans sa configuration actuelle (voir séminaire de préparation des Assises de Mars 2007). Il n’est pas inutile de retravailler dessus, mais cela ne doit pas empêcher d’ouvrir d autres pistes. Les changements nécessaires ne peuvent de toute façon pas se limiter à la charte des thèses et à redéfinir les droits et les devoirs du doctorant, post-doc etc.

Quant à l’obsession ambiante de réduire le nombre de doctorants ou de chercheurs, je ne vois pas très bien en quoi cela va améliorer les perspectives professionnelles des anthropologues (le nombre de postes de chercheurs université ou CNRS étant de toute façon ridiculement bas), ni redonner à la discipline le dynamisme et la visibilité nécessaires pour répondre à une éventuelle demande d’expertise sociale.

Arnaud Morvan

Remarques. Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 22 janvier 2008 07:04, par Grégoire Schlemmer

Une très utile contribution au débat en cours sur la « motion jeunes chercheurs ».

Remarques envoyées par Grégoire Schlemmer sur la liste docpostdocs-ethno, 21 janvier 2008

Quelques remarques rapides concernant la « motion jeune chercheur », car le sujet me semble important…

Tout en soutenant l’idée d’une mobilisation des doctorants, post-doctorants et chercheurs précaires (elle me semble nécessaire et salutaire) et sans rentrer dans les premiers débats qu’il a suscité, je pense que le texte soumis souffre de nombreux défauts. J’en fais brièvement l’inventaire, en espérant que ces remarques pourront servir à son amélioration.

En bref, je pense que c’est très bien de se mobiliser, mais il faut le faire sur des bases réalistes, en réfléchissant à la manière dont les points demandés peuvent concrètement être mis en place. Le texte présenté ici me semble très loin d’être satisfaisant : Il implique des négociations avec l’ensemble des laboratoires de recherche (EHESS, CRNS, université, IRD, EPHE, etc.), l’ANR (point 6 et 7) , le ministère de l’éducation (8 et 9), l’ANPE, l’UNEDIC (point 10), revenir sur la réforme de l’université (point 11) , etc. A moins de faire une révolution ou d’avoir un ministre sous ses ordres, cela ne sera pas une simple paire de manches !

D’un autre côté, certains points ne semblent être que des pétitions de principes (par exemple, investir et s’approprier le champ médiatique, point 12). D’autres, enfin, sont tellement floues qu’on ne voit pas ce qu’elles amènent. Quel est l’intérêt des associations de recherche (point 1) ? Que signifie la prise en compte des travaux de publication des jeunes chercheurs dans les laboratoires (point 4) ? Que vient faire, enfin, cette histoire de protocole de recherche avec les participants de l’enquête dans cette motion sur les conditions des doctorants et post-doctorants ?

Entre des revendications très générales (voire franchement idéalistes) et d’autres qui n’engagent en rien, en passant par des propositions floues, il me semble qu’avant d’envisager sa publication, le texte est grandement à revoir, en l’axant sur des propositions concrètes, réalistes et précises, qui pourraient commencer par la clarification des droits et devoir des doctorants par rapport à leur université, à leur directeur de recherche et à leur laboratoire d’accueil — notamment en repartant de la charte des thèses. Un texte pourrait donc proposer des pétitions de principe, un idéal de ce que seraient ces droits et devoir des doctorants, post-doctorants et chercheurs précaires, tout en gardant à l’esprit qu’ils doivent garder une certaine souplesse (ne serait-ce que du fait que, par exemple, tous les labos ne sont pas équitablement dotés, certains ayant donc plus que d’autres les moyens concrets de mener telle ou telle politique).

Quelques remarques annexes concernant les textes dont les liens ont été donnés dans les précédemment réponses.

- Concernant le texte d’Alexandre Bronche (sur ce site), je suis en partie d’accord avec l’idée que trop d’étudiants sont formés en thèse d’ethnologie (jusqu’à la thèse, le problème se pose moins, car la formation universitaire est alors un bagage intellectuel qui peut motiver les gens en dehors de tout débouché) au vu du nombre de postes. Cela est de la responsabilité des professeurs, mais aussi des étudiants. En science de la nature, on n’est pas accepté en thèse sans financements (et demander un ajustement des financements aux thésards risque moins d’augmenter les financements que de diminuer le nombre de thésard !). Ce serait dommage, me semble-t-il, d’empêcher purement et simplement des étudiants de ne pas faire de thèse s’ils n’ont pas de financement (j’ai personnellement commencé ma thèse sans alloc — j’en ai finalement eu une “au rattrapage”, grâce à des reliquats de crédits — ce qui ne m’a pas empêcher finalement de trouver un poste de chercheur). Par contre, il me semble du devoir des écoles doctorales, des laboratoires de recherches et surtout du directeur de thèse d’avertir l’étudiant qui voudrait faire une thèse des difficultés de l’aventure dans laquelle il se lance et de l’état du marché du travail lié à cette discipline (on manque de chiffre, mais d’après les infos que j’ai réussi à récolter, pour environ 1000 doctorants par an en ethno, 100 finissent leur thèse et entre 5 et 10 trouvent un poste de chercheur ou d’enseignant chercheur..). Il est ensuite de la responsabilité du potentiel doctorant de faire son choix, en connaissance de cause.

- Concernant la proposition concrète faite dans le texte de Yannick Fer (sur ce site). Les arguments pour proposer de limiter à 5 le nombre de doctorants par professeurs me semblent pertinents, mais concrètement, cela poserait aussi des problèmes, notamment dans la configuration française où le nombre de personnes habilitées à diriger des recherches est faible : cela impliquerait très souvent de changer d’université (ce que l’on ne veut pas toujours) où empêcherait certains de travailler avec le professeur de leur choix, voire les forcer à travailler avec des personnes avec qui ils ne le souhaitent pas nécessairement.

En espérant que ces remarques pourront alimenter de manière constructive le débat.

Grégoire Schlemmer, chargé de recherche à l’IRD (UR1005 - Savoirs et Développement), chercheur associé au Centre d’Étude de l’Inde et de l’Asie du Sud (UMR8564 CNRS/EHESS)

En réponse à la réponse d’Eliane Daphy... - 8 janvier 2008 22:28, par Arnaud Morvan / Ghali Beniza

Réponse à la réponse de Madame Eliane Daphy :

(D’avance, nous sollicitons votre largesse d’âme, à l’endroit de nos écueils orthographiques.)

Madame,

Nous nous permettons de vous faire suivre cette réponse qui s’articulera en deux temps, puisqu’en effet, la présente motion à laquelle vous avez réagi en jugeant a postériori de sa non pertinence (du moins sur de nombreux points par celle-ci énoncée) procède de la complémentarité des expériences et des informations que nous avons accumulé à ce sujet. L’esprit même de cette motion ne participe en aucune manière du vocabulaire que vous lui prêtez, en effet, nous avons rédigé celle-ci en vue d’ériger des mesures visant à agir sur les conditions actuelles de recherche des jeunes chercheurs-e-s, pour la majorité, acculé-e-s à la précarité ou au dévoiement du temps qu’ils et elles pourraient consacrer à leurs recherches au profit de travaux salariés n’ayant a priori aucun lien avec ce pour quoi ils et elles ont été préalablement formé-e-s. En somme, là où vous évoquez une quelconque « gestion de contrats de recherche », nous n’avons pour idée que la création de nouvelles conditions permettant à tout un de mener à bien ses recherches, et celles-ci nous semblent possibles, notamment à travers une plus grande mutualisation des moyens, et non une capitalisation par quelques uns de ces mêmes moyens s’opérant au détriment de ceux auprès de qui, quelque arbitraire n’en autorise l’accès. Arbitraire, si il en est, favorisant une hiérarchisation des domaines constitutifs du champ scientifique « mondial » ou « français » comme une hiérarchisation des thématiques inhérentes à ces mêmes domaines. Au risque premièrement, d’un rapport d’extorsion de connaissances sur lesquelles leurs producteurs n’auraient aucune prise quant à leurs usages, (ce que favoriserait une contractualisation temporaire accrue des postes dits de recherche), au même titre que l’usuel rapport hiérarchique de production. Au risque deuxièment, de la disparition d’un pan non négligeable de la recherche ayant quelque visée critique à l’endroit des sociétés telles qu’elles sont, ou des modalités que sur plus d’un plan elles adoptent... Nous n’avons a priori, aucune objection au fait qu’il y ait une ou plusieurs institutions dont les rôles et fonctions résideraient dans l’émission d’appel à projets et je dis bien projets et non offres. (Car oui j’ai encore quelques réticences à considérer la science et la connaissance sous l’égide d’un rapport marchand, qu’un rééquilibrage des conditions matérielles nécessaires à l’élaboration de toute recherche, en faveur du plus grand nombre, viserait idéalement à amoindrir.) Mais du fait d’un léger souci d’équité, il nous parait tout aussi judicieux que ces institutions soient aussi les réceptacles de projets, n’émanant pas d’elles a priori ou du moins qu’elles prennent en compte la totalité des domaines et thématiques (et non pas seulement ceux et celles dont elles sont les représentantes) tout aussi constitutifs du champ scientifique (de par leurs objets, cheminements ou méthodes) avec pour moindre souci je ne sais quelle hiérarchie. A titre d’exemple, des deux institutions dont vous faites mention, bon nombre d’entre nous du fait de leurs appétences, en sont exclu-e-s. Cordialement, Ghali Beniza

Réponse à Eliane Daphy et précisions sur la motion jeunes chercheurs.

Merci pour cette réaction à la motion, nous allons préciser certaines de nos propositions. Cependant vos remarques me semblent pas toujours fondées. Je vais répondre point par point.

Concernant la proposition n° 7 :

Faute de place et par souci de fluidité, nous n’avons pas pu rentrer dans les détails techniques assez complexes de la place des jeunes chercheurs et hors statuts dans les programmes de l’ANR.

Les modalités des programmes de l’ANR sont en constante évolution et changent tous les 6 mois, mais de manière générale la place des doctorants, post-doctorants, hors statuts, considérés comme « personnels non permanents » dans les programmes de l’ANR, est loin d’être satisfaisante. Contrairement à ce que vous laissez entendre, de nombreux problèmes se sont posés depuis la création de l’Agence. Par exemple, dans certains programmes, il est impossible de salarier plus d’un post-doctorant (sur 24 mois), d’autres limitent à un maximum de 3 mois la durée des contrats desdoctorants « ingénieur d’études », par exemple dans les programmes blancs,en mars 2007, etc.

Quand nous parlons de la nécessité de salarier des doctorants et post-doctorantsdans les programmes de l’ANR, il va de soi qu’il s’agit de plus d’un post-doctorant par programme de recherche et de contrat de plus de 3 mois. Par ailleurs, la page du site web de l’ANR à laquelle vous renvoyez (en ligne sur la FAQ (foire aux questions) du site ANR) n’apporte aucun élément de réponse précis sur ce point.

De manière plus générale, concernant la place des post-doctorants et hors statuts dans les programmes de l’ANR (points 6 et 7 de la motion), il est essentiel que des chercheurs classifiés « non statutaires » (post-doctorants) jeunes ou moins jeunes puissent, répondre aux appels d’offres de l’ANR en qualité de coordinateur du projet à temps plein (partenaire 1), monter un programme et coordonner l’équipe de recherche.

Jusqu’à présent cette possibilité se cantonne à un seul programme, le programme « jeunes chercheuses et jeunes chercheurs » (voir description 2008, site de l’ANR), ce qui est largement insuffisant et handicape lourdement le dynamisme et l’innovation des recherches en sciences humaines.

(voir formulaire ANR-SHS-Corpus-2007_5P à télécharger sur le site ANR)

Concernant les autres propositions :

Proposition 1 :

La création d’associations de recherche pour jeunes chercheurs, dont les modalités restent à définir, n’a pas pour but l’embauche de personnel ou la gestion de contrats mais tend à développer un espace de recherche indépendant, reconnu par / et en lien et avec les laboratoires et universités. Ceci permettrait d’accéder à des financements mixtes (publics et privés) pour des projets de recherche et s’inscrirait comme élément de financement de thèses ou de contrats post-docs. Ce type de structures existe me semble-t-il dans certaines écoles d’ingénieurs en France.

Je pars du constat que, dans leur grande majorité, les doctorants et post-doctorants n’ont aucun statut défini (ou reconnu et appliqué) dans les laboratoires et sont rarement associés à leur fonctionnement, aux activités de recherche et peu ou pas financés. (voir les résultats préliminaires de l’enquête la vie des laboratoires lancés par Caroline Legrand, et présentés au séminaire de préparation des assises de mars 2007)

Les limitations du statut actuel des laboratoires et autres organismes de recherches ne doivent pas servir de prétextes pour refuser toutes alternatives, notamment la création d’un nouveau type de structure de recherche pour les jeunes chercheurs. Par nature, tout changement implique forcément des modifications du fonctionnement et/ou du statut des institutions existantes.

Propositions 3 :

Effectivement, il faut demander l’application du règlement aux Laboratoires concernant la représentation obligatoire des doctorants, post-doctorants et hors statuts dans les conseils de laboratoire ainsi que de leurs droit de vote. Cependant ceux ne sont pas “certains” laboratoires qui ne respectent pas cette représentation mais bien la MAJORITE des laboratories CNRS ou unite mixte, d’où notre proposition (voir séminaire de préparation des assises 12 Mars). Il en va de même pour la Charte des Thèses qui, bien qu’obligatoire, n’est quasiment jamais appliquée (voir pas applicable selon les endroits).

Pour la proposition n°10
- Vous avez très bien compris où nous voulions en venir.

Quant à Nadine, étudiante en secrétariat, nous te remercions pour l’intérêt que tu portes à notre motion ainsi qu’au niveau d’orthographe des jeunes anthropologues. Je te propose de t’inscrire parmi les signataires de la motion et de t’envoyer les prochaines moutures pour une relecture. (arnaud-morvan@club-internet.fr). D’avance merci.

Arnaud Morvan

En réponse à la motion « jeunes chercheurs » : les possibilités de l’ANR - 5 janvier 2008 12:57, par Eliane Daphy

Certaines demandes de la motion « jeunes chercheurs » ne me semblent pas pertinentes, puisque les possibilités existent déjà.

Pour ce qui est de l’ANR, question n°7, cf. en ligne sur la FAQ (foire aux questions) du site ANR :

- la possibilité de salarier des « post-doctorants » sur 24 mois dans le cadre d’appel d’offres ANR existe depuis la création de l’ANR voir la réponse ici

- il est également possible de salarier des doctorants, même si l’ANR n’attribue pas d’allocation de thèses, en les embauchant sur le contrat comme « ingénieur d’études ».

- Sur certains contrats ANR, les organismes dépositaires des projets (INSERM, CNRS, etc.) financent des doctorants

- Il me semble qu’il est également possible qu’un chercheur non-statutaire soit co-responsable d’un projet ANR.

Autres éléments de réponses :

  • Point 1 : si la création d’associations dont il est question a pour objectif la gestion de contrats de recherche et l’embauche de personnels, le statut des laboratoires de recherche et des universités ne leur permet pas de créer ce type d’associations. Il est par contre possible de faire gérer des contrats directement par le CNRS ou par les universités (le problème étant le % de frais de gestion pris par ces institutions).
  • Point 3 : tous les laboratoires CNRS ont l’obligation de disposer d’un « Conseil de laboratoire » et d’un réglement intérieur. La représentation des étudiants et post-doctorants dans ces conseils de laboratoires est prévue. Certes, certains laboratoires ne respectent pas les obligations légales, ce qu’il convient alors de demander est le respect des obligations existantes.
  • Point 10. La demande de « création d’un régime adapté aux pratiques » est quelque peu obscure. S’agit-il d’une demande de création d’un régime spécial d’indemnisation du chômage pour les anthropologues ?

En espérant que ces quelques précisions auront été utiles, cordialement

Eliane Daphy

Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 4 janvier 2008 18:06, par Nadine, étudiante en secrétariat

Bel effort d’amélioration : je constate que l’étonnant « il va s’en dire » du texte initial a été modifié en « il va sans dire » !

Une autre modification serait possible : « Supposant une augmentation notable du nombre d’allocations, dont sont dotées chaque année chaque école doctorale. » Comme le sujet du verbe « doter » est « chaque école doctorale » (singulier - même si plusieurs écoles doctorales), accorder le verbe avec son sujet sera aussi un petit progrès.

« Supposant une augmentation notable du nombre d’allocations, dont est dotée chaque année chaque école doctorale. »

Merci à Monsieur Bazin d’avoir écrit des sympathiques compliments sur mes « facultés exceptionnelles dûment sanctionnées par de brillantes études » ; il fait erreur, je suis étudiante en première année de BTS secrétariat ! Mais j’ai eu une bonne note au bac en français.

Toutes mes excuses pour avoir mis Monsieur Bazin en colère : il me semblait qu’il était important qu’un site officiel comme le vôtre publie des textes dans un français correct, mais ce n’est sans doute pas important pour les anthropologues.

Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 3 janvier 2008 18:49, par Laurent Bazin

Bravo pour ce lumineux commentaire anonyme. Il faut sans doute avoir des facultés exceptionnelles dûment sanctionnées par de brillantes études pour parvenir à une aussi grande richesse de jugement

Motion jeunes chercheurs des Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie - 3 janvier 2008 18:03, par Amoureux de la langue française de passage sur ce site

Je constate que les jeunes ethnologues ont des difficultés pour écrire dans un français correct. Chercher les erreurs !! Dommage, de la part de personnes ayant suivi pendant de nombreuses années des études universitaires.


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