Rapport de prospective de la section 38

Rapport de prospective rédigé en 2006-2007 par les membres de la section 38 du comité national du CNRS et mis en ligne par Charles Macdonald.

Notre rapport de conjoncture aboutit à trois constats qui expliquent les propositions esquissées dans ce rapport de prospective :

  1. L’anthropologie, en tant que discipline, doit intégrer les débats qui interrogent ses fondements-mêmes et fonder sa vitalité institutionnelle sur sa capacité retrouvée à interroger les sciences de l’homme et de la société en général.
  2. Les objets et les pratiques de la recherche ethnologique connaissent, après la clôture de l’inventaire monographique des sociétés, un renouvellement en profondeur dans lequel l’enquête ethnographique confirme sa fécondité.
  3. Alors même qu’une génération de jeunes chercheurs brillants émerge, la situation institutionnelle et démographique de l’anthropologie présente des signes de régression extrêmement inquiétants. Le CNRS est, actuellement, l’organisme le mieux à même d’assurer la continuité d’une discipline rénovée.

Les enjeux scientifiques

Nous nous garderons bien de faire des prévisions sur l’avenir des thèmes de recherche actuellement pratiqués. La relecture des rapports de conjoncture précédents nous incline à la modestie et à la prudence. Ainsi, a-t-on, il y a une dizaine d’années, conclu à l’essoufflement de l’anthropologie médicale. Or, elle est en train de connaître un second souffle remarquable d’une part en investissant le terrain de la médecine en Europe, d’autre part en croisant deux champs (la santé et le politique), faisant de la notion de « biopouvoir » un puissant instrument d’analyse dans les nations dépendantes du Sud. Ainsi la relative stagnation des travaux de qualité sur les périphéries urbaines et sur le monde du travail en entreprise ne doit pas nous inciter à conclure trop hâtivement à un épuisement du sujet. Il en est de même pour les chapitres classiques du questionnement ethnologique (parenté, croyances, rites, institutions politiques, droit…). Depuis une quinzaine d’années, certains ont donné lieu à des développements neufs, souvent inattendus.
Les voies qui s’ouvrent aujourd’hui traduisent de multiples déplacements à l’intérieur du découpage reçu des champs disciplinaires et au sein d’une demande ou d’une commande de savoir en pleine évolution. Nous pensons que l’anthropologie – dont la variante « appliquée » s’est, jusqu’à présent, cantonnée dans les questions de développement – est à même de répondre à ces situations à condition de faire preuve d’une intelligente plasticité. Nous avons, à titre d’exemple, retenu cinq axes qui peuvent raisonnablement espérer un futur développement.

1) Les deux premiers prennent acte de la dilution dans un éclectisme invertébré de deux domaines qui restent fortement attractifs dans l’université de masse : les « sciences de l’éducation » et les « sciences de l’information et de la communication ». Le vide en ces domaines est à ce point criant que le débat public est occupé d’une part par une philosophie plus ou moins médiatique et, de l’autre, par des acteurs promus au rang de témoin. Or, les chercheurs créatifs en ces domaines font tous appel à des styles de problématique qui s’inspirent ouvertement de l’anthropologie ; celle-ci devrait être partie prenante, en première personne, sur ces terrains. On connaît les développements, outre-Atlantique, d’une ethnologie de l’éducation et d’une ethnologie des médias. Sans en reproduire servilement les protocoles mais en ouvrant le dialogue, il est urgent d’épauler les chercheurs décidés à s’investir dans ces domaines.
Du côté de l’éducation c’est la question de la transmission intergénérationnelle (dans la famille comme à l’école) qui est en jeu ainsi que l’universalisation de la forme scolaire et du modèle pédagogique de transmission, au détriment d’autres modèles que les ethnologues connaissent bien (imprégnation, initiation…). Les possibilités, généralisées à terme, de désocialisation complète des apprentissages (par recours direct à des médias éducatifs) introduisent une rupture fondamentale qui reste à analyser. Du côté de la communication quelques travaux anthropologiques s’intéressent, d’une part, au déplacement massif du récit de fiction de l’écrit vers l’image et, de l’autre, à la production même de ces images de très large diffusion. L’ethnographie des « visualités » contemporaines reste, cependant, largement à faire, elle devrait se nourrir, sur le plan théorique, des débats récemment suscités par les analyses situées de la mutation graphique.

2) Les deux thèmes suivants témoignent de la fertilité du dialogue interdisciplinaire qui met, en ce moment, l’ethnographie en position de répondre à des questions que les autres disciplines lui adressent.

L’économie d’abord qui, dans son souci d’analyser les pratiques concrètes de la production et des échanges à l’intérieur des marchés nationaux et internationaux, constate que lui échappe des pans maintenant essentiels du tissu économique. L’étude des économies souterraines, largement inaccessibles à la description statistique administrative et à l’enquête par questionnaire, a donné lieu à de bonnes ethnographies. Le développement et l’intégration dans les activités reconnues, d’une nouvelle économie domestique – en particulier liée aux « aides à la personne » – requiert également une approche fine et une problématisation globale où l’ethnologie de la famille et de l’échange peut apprendre beaucoup à l’économie. Il en est de même de toutes les formes de circulation de l’argent au sein de la famille moderne recomposée qui échappe à la définition codée du « ménage » statistique.

Les sciences du milieu (écologie et géographie), ensuite. L’ethnologie a, au cours de la dernière génération, accumulé des études de cas très détaillées sur les relations à l’environnement qui élargissent le questionnaire des ethnosciences en interrogeant tous les processus de construction et de consommation de la « nature » dans les zones sous-peuplées comme dans les métropoles. La généralisation de la référence au « développement durable » articule les nouveaux découpages de l’espace et des stratégies d’attraction - agricole, résidentielle et touristique - dont les effets méritent une approche enrichie. Plusieurs jeunes chercheurs français travaillent actuellement sur ces thèmes.

3) Les grands débats de l’âge « métaphysique » sur l’essence et la fonction de la religion, qui avaient disparu depuis l’époque des fondateurs de la sociologie et de l’anthropologie, font aujourd’hui retour, comme en témoignent l’engouement de nos philosophes invitant à repenser la religion ou le religieux. Une des grandes figures de l’anthropologie américaine, Clifford Geertz, vient nous rappeler que « la religion est un sujet d’avenir » et que l’ethnologie n’a jamais délaissé ce terrain. L’hypothèse de la « sécularisation » de nos sociétés a toujours été très discutée mais l’enjeu n’est plus de savoir désormais si « la religion avance ou recule ». Il s’agit de prendre en compte les processus modernes de transformation et de réforme en cours au sein de religions transnationales qui nouent des relations complexes avec leurs ancrages ethniques et les mouvements nationalistes qui font irruption sur la scène internationale. Les revitalisations de l’hindouisme ou du bouddhisme, les réveils du soufisme ou des mouvements évangéliques, le radicalisme des fondamentalistes protestants, ne peuvent être compris que par un travail ethnographique profond au sein des communautés concernées. La résurgence des idées religieuses, l’omniprésence des identités et des engagements religieux, sur fond d’émergence de nouvelles nations (nations de l’islam, nations bibliques, nations noires) et de conversions à la modernité, redonne un second souffle à l’étude comparée des religions. Dans les sociétés laïques, le transfert des langages et des formes liturgiques et institutionnelles du religieux dans les mondes de la politique et de la culture offre des terrains où l’anthropologue rencontre l’historien. On comprend que la matrice sociologique qui servait d’accueil aux diverses sciences sociales du religieux ait quelque peu éclaté et que dans les centres de recherche qui relèvent en France des études sur les religions, on trouve autant d’historiens, d’anthropologues ou de politologues, que de sociologues. Lorsqu’il s’agit de penser la complexité d’autres régimes du religieux ou d’autres formes de religiosité, l’approche pluridisciplinaire reste le meilleur garde-fou contre les tentations essentialistes ou les repliements ethnocentriques.

4) Un regard rétrospectif sur l’histoire de la description du monde, avant et après l’émergence de la discipline anthropologique, fait apparaître un véritable continent enfoui de données écrites et imagées. Continent enfoui dans la mesure où il n’est presque jamais cartographié en tenant compte des acquis et des problématiques de l’ethnologie comme discipline. Des recherches importantes ont commencé à interroger les archives des ethnologues, il faut les encourager et les soutenir ; cependant rien de vraiment significatif ne se profile concernant des données, infiniment plus massives, fondées sur la relation directe des savoirs et des pouvoirs. Par exemple les rapports des missionnaires, les enquêtes des administrations coloniales ou les productions d’une érudition locale qui domine l’écrit postrévolutionnaire en Europe. Le paradoxe français doit être souligné ici : nous disposons sans doute, du fait de l’histoire nationale, des gisements les plus considérables en Europe dans ce domaine et nous en sommes encore aux balbutiements de l’inventaire et de l’analyse. La collaboration entre ethnologues et historiens, entre le CNRS et la Direction des Archives du Ministère de la Culture, entre autres, devrait faire évoluer très vite la situation.

Les moyens

Le constat démographique qui conclut le rapport de conjoncture est accablant. Il le devient plus encore si nous considérons l’ensemble du tissu universitaire. Les enseignants des universités représentent aujourd’hui à peu près la moitié de l’effectif des chercheurs et un petit nombre est intégré dans des UMR. Leur vieillissement est sensiblement équivalent à celui des chercheurs du CNRS, dans dix ans les départs à la retraite vont décapiter la discipline. Le problème de son renouvellement est lié au développement de la réforme des études universitaires. Le système des masters ne garantit pas du tout une présence explicite de l’anthropologie. La situation n’est pas meilleure à l’EHESS, qui fut longtemps le bastion de la discipline dans les grands établissements. Le renouvellement des départs à la retraite ne dépasse pas les 50%, l’effondrement à terme est inscrit dans les chiffres.
Le recrutement de chercheurs de moins de 40 ans par le CNRS est, aujourd’hui, la seule réponse immédiatement envisageable. Ceci suppose, dans une période de stagnation des créations d’emploi, une analyse globale de la situation des disciplines SHS, une évaluation de leur poids relatif au CNRS, dans les universités et dans les grands établissements et un choix raisonné des disciplines où le CNRS joue un rôle moteur, indispensable à leur perpétuation dans les conditions de renouvellement que nous avons décrites. Partager de façon égalitaire la pénurie entraîne immanquablement la disparition des plus faibles. Ici un vrai courage politique est requis.

Les laboratoires qui ont joué le jeu des regroupements se trouvent actuellement pénalisés par le fait que les ensembles fédératifs de forte taille qu’ils ont mis sur pied sont dénommés UMR et gérés comme tels alors même, par exemple, que leur évaluation devrait se faire également équipe par équipe puisque nous considérons que l’équipe aux prises avec un projet délimité est l’unité réelle du travail collectif. Introduire dans la terminologie l’expression « UMR FEDERATIVE » est une demande générale. Y surseoir ne peut qu’entraîner de graves déceptions dans des laboratoires où l’anthropologie a joué franchement le jeu. Notons aussi les relations rénovées avec l’INSERM et le Ministère de la Culture dont la politique des regroupements a fourni ponctuellement l’occasion, la visibilité de ces partenariats importants ressortirait mieux avec une terminologie nouvelle.
En outre, la situation du logement des laboratoires, à Paris particulièrement, reste préoccupante. De fortes initiatives dans ce domaine sont attendues.
Un grand débat est en cours sur l’avenir des revues. L’anthropologie, au sens large, est sans doute, étant donné sa faiblesse démographique, l’une des disciplines les plus remarquablement productives en cette matière. Si l’on peut envisager des regroupements dans lesquels le CNRS peut dire son mot, il faut convenir que la géographie actuelle des revues reflète assez bien la diversité interne du domaine. Les grandes revues généralistes – L’Homme au premier chef – échappent à l’effet de chapelle et assument leur rôle d’expression des avancées de la discipline et de lieu où la jeune génération s’initie à la publication. Le trésor des expériences accumulé par les équipes dirigeantes des revues, y compris en matière de numérisation et de mise en ligne, devrait être beaucoup plus sollicité qu’il ne l’a été jusqu’à présent par les directions du CNRS quand il s’agit de définir une politique d’ensemble.

Positionnement national et international

L’anthropologie française est considérée, sur le dernier siècle, comme membre du cercle étroit des fondateurs de la discipline. Ce prestige n’est pas entamé et il est bon que de solides travaux d’histoire de la discipline en mesurent la portée. Les thèmes nouveaux que recense le rapport de conjoncture placent souvent la production française à égalité avec la production anglo-saxonne, pourtant quantitativement vingt fois plus lourde, et même en avance sur certains sujets. Le rayonnement de la production française devrait cependant être soutenu par une politique systématique de traduction en anglais d’ouvrages et d’anthologies thématiques. Le CNRS aurait tout intérêt à développer une politique d’accords avec le Centre National du Livre en ce domaine.
Le CNRS peut également jouer un rôle moteur dans la formation des jeunes chercheurs en aidant à la création de doctorats plurinationaux qui sont aujourd’hui une nécessité européenne. Le réseau des Ecoles et des Instituts français dans le monde devrait être le support naturel de cette initiative qui contribuera à asseoir une forte présence française à l’intérieur d’une anthropologie européenne (faites par des européens) qui peine à se constituer en force académique et intellectuelle par la seule voie associative.
Evidemment l’accroissement des bourses postdoctorales ne peut que favoriser cette indispensable mobilité.

Posté le 26 mai 2007

39 commentaire(s)

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 mars 2017 14:36, par Georges Foity

merci serrurier nanterre pour ce post serrurier nanterre serrurier nanterre

Rapport de prospective de la section 38 - 17 janvier 2017 00:26, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 16 janvier 2017 21:30, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 16 janvier 2017 07:07, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 16 janvier 2017 06:35, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 15 janvier 2017 11:20, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 15 janvier 2017 06:03, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 14 janvier 2017 15:55, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 14 janvier 2017 10:53, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 14 janvier 2017 05:52, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 14 janvier 2017 03:42, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 14 janvier 2017 01:28, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 janvier 2017 18:58, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 janvier 2017 06:50, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 janvier 2017 04:55, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 janvier 2017 04:25, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 12 janvier 2017 15:54, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 22 décembre 2016 19:14, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 décembre 2016 16:45, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 29 novembre 2016 14:05, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 23 novembre 2016 11:12, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 23 novembre 2016 09:48, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 23 novembre 2016 05:33, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 23 novembre 2016 04:24, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 27 octobre 2016 12:17, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 octobre 2016 02:06, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 octobre 2016 01:01, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 octobre 2016 00:41, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 6 octobre 2016 21:38, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 6 octobre 2016 21:10, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 28 août 2016 14:22, par Georges Foity

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Rapport de prospective de la section 38 - 13 juillet 2007 11:31, par llleonard ppppelllltier

Vincent, Comme tu essaies de m’amener vers ton fil ouvert, je me lance.

A mon avis ta question n’est pas posée tout à fait correctement. « Ethnographions l’ethnologie ». Je ne crois pas qu’on prenne le problème par le bon bout. D’abord, et c’est d’ailleurs un rappel qui pourrait, après discussion et débats, servir d’inaugural, c’est la perspective qui créée l’objet et non pas l’inverse. Ce que je veux dire par-là et qu’il faudrait peut-être anthropologiser nos vues, et nos réflexions. Après tout, est-ce qu’on ethnographie vraiment quelque chose, ou l’ethnographie est-elle plutôt une méthode d’exposé ? Cependant, à la différence de tout un ensemble de sociologues qui tendent parfois vers un hypothético-déductivisme traditionnel, nous construisons, (re)modelons ou précisons nos hypothèses initiales de manière inductive. Partant de ce constat, qui vaudrait surement mieux que ces trois petits mots, on peut commencer à avancer. D’abord je changerai la question par rapport aux termes que je viens d’exposer. Ensuite, sur quoi voudrais-tu travailler ? Sur le champ social des ethnologues ? Leurs rapports avec les institutions ? Avec les médias ? Le corps des résultats de recherches ?

Ici, peut-être que tu ne l’as pas perçu, on a déjà des éléments, des pistes ouvertes. En effet, on trouve des lignes claires de conflits entre les dominants et les dominés, il y des tentatives de modifications hiérarchiques et elles sont avortées. Seul le deuxième terme est encore trop flou (les dominés sont difficiles à identifier, mais on pourrait mettre des catégories derrière ce terme). Je t’expose en vrac ces axes qui me semblent pouvoir être identifiés comme pistes de recherche.

1 – On voit que le pouvoir a pour instrument l’opacité. Il existe beaucoup de messages qui mettent l’accent sur l’absence de clarté dans les procédures de recrutement. Et on a bien vu, que les responsables tentent d’éviter la question. Là quelqu’un devrait reprendre tous les exemples qu’il connaît pour étayer cette question. L’objet de contestation devient objet d’étude (c’est ton souhait me semble-t-il). Ceci étant dit, on ne doit pas réduire notre propos à la section 38, bien que la position de cette institution soit assez particulière, il faudrait mettre à jour tous les réseaux sous-jacents entre les revues, les comités de lecture, les bailleurs de fonds, etc. On peut élargir cela à toutes les procédures de recrutements. On pourrait même faire des recherches à partir des rapports de soutenance de thèse. Seulement là, on ne va pas se faire que des amis. Mais après tout c’est peut-être ce qu’attend le gouvernement ? Un groupe de jeunes chercheurs frustrés qui puissent servir de file conducteur à une remise en cause de la liberté du champ de la recherche. L’usage de cette liberté est, bien évidement, une autre question ? Il faudrait aussi se poser la question du rapport entre directeur de labo, de thèse, du professeur, et leurs subalternes. Moi, je peux te donner l’exemple du prof qui fait traduire ces textes par ses étudiants, et qui pose son nom sur le livre de manière exclusive. Une question plus difficile serait celle du terrain, certaines vedettes de l’anthropologie n’ont pas fait leur terrain, mais payé des gens pour le faire à leur place. C’est un cas plus rare, du moins je l’espère franchement, mais n’est-il pas révélateur de quelque chose de plus large ?

2 - Le rapport entre le politique et le scientifique peut aussi être abordée à travers le prisme des hiérarchies entre institutions et à l’intérieur de chacune d’entre-elles. Personnellement, j’ai voulu mettre l’accent sur le fait que le texte mis en ligne occulte volontairement tout un ensemble de recherches. Ce n’est pas du tout une spécificité de ce rapport, qui est un reflet, rappelons-le, des orientations du recrutement. Dans tous les milieux intellectuels ont trouve cette technique de discrédit : ignorer les travaux des autres. C’est donc une technique de pouvoir et de gouvernance. J’ai des exemples dans plusieurs pays d’ailleurs. Il en va de même pour pas mal de livres. Certains disent qu’il n’y a jamais eu de recherche sur tel sujet, ce qui est absolument faux, et revendique ainsi le monopole légitime de la domination sur un thème de recherche. Dans le cas des recrutements (voir 1), ceci entre dans une logique de reproduction social. Autrement dit, si seuls mes recherches et celles de mes collègues existent, alors les personnes recrutées ne peuvent être que dans nos axes de recherche, eux seuls relevant de l’ethnologie. On créé ainsi une complicité et une forme de dépendance, dans le même mouvement on produit un groupe de dépendants qui pourront bénéficier en échange de certains services. Cette dépendance continue par la suite et permet de mettre à mal les groupes concurrents, avec les dérogations, les missions… C’est ce que j’appelle la régulation politique du champ scientifique. Une comparaison avec le mode de fonctionnement des relations de parentés serait peut-être propice, tout au moins nous permettrait-elle de clarifier certains aspects plus particuliers de notre champ social dont l’enjeu est bien le monopole partagé en petit groupe de la vérité scientifique, vérité fictive.

On perçoit le lien entre l’opacité du fonctionnement des promotions, des recrutements, et la reproduction de la structuration hiérarchisée du champ de la recherche ethnologique.

3 - Piste suivante : la revendication d’un filiation anthropologique comme mode de légitimation d’appartenance au groupe et de la position occupée dans celui-ci. J’ai plus le temps.

PS : la virulence ? Celle de Fabre est bien plus grande dans le fond et révélatrice. Mais quelle absurdité dans sa réponse, il s’en va pour la démocratie. Merci, amen. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi tu réponds à sa place. Ceci étant dit, je ne vais faire fuire personne. Les (2) seuls qui auraient pu se tailler l’ont déjà fait, les autres savent de quoi je parle, il ne semble pas y avoir beaucoup de désaccords entre ceux qui participent aux forums sur ce thème.

Réponses - 12 juillet 2007 19:47, par Vincent Battesti

Bonsoir,

- Au M. socio-économiste de l’édition scientifique, je dis :
Allez, en tant que webmestre, je prends sur moi de vous dire : chiche ! ce site est (aussi) le vôtre, publiez donc ici « une étude comparée du fonctionnement des revues dans la discipline (nationales et internationales) et dans les disciplines voisines » (ou son ébauche, nous ne sommes pas une revue). Pourquoi attendre cela des « responsables des Assises » ?

- À M. Fabre, je dis :
Ah non, ce n’est pas du jeu de s’en retirer si vite ! Même si je signe mes messages et si je suis plutôt favorable aux visages découverts, je comprends très bien (surtout comme hors statut ou candidat malheureux au CNRS) qu’on ne se sente pas assez à l’aise pour se démasquer. Ne soyez pas naïf, personne bien sûr ne craint des représailles qui se commettraient une nuit noire sur le pavé luisant dans le quartier des Halles quand la maréchaussée s’en serait allée, mais on sait bien que dans nos métiers (sans viser personne), les ego des uns et des autres sont hypertrophiés et cette hypertrophie donne matière à la mémoire et, ma foi, comme toute carrière est une histoire de cooptation… Alors à mon sens, l’argument que l’ « argument des représailles est absurde et insultant » n’autorise pas la dérobade ! Il risque d’enfler au contraire la grogne. (…et vous verrez que je ne subirai pas de représailles pour ce que je viens d’écrire !)

- À M. LLeonard pelltttier, je dis :
Ouh ! quelle virulence ! vous allez faire peur à tout le monde. Le tableau est sombre, mais — par des volontaires encore à trouver — il faudrait faire plus qu’un réquisitoire : une argumentation ! Autrement dit, une ethnographie de l’ethnologie en France que j’ai ici proposée. Peut-être faudrait-il même lancer un appel d’offre pour qu’une équipe étrangère s’en charge…

- À Mme Marie-Marcelline Strauss-Durkkheim, je dis :
En effet : Ah ah —Yé yé yé yé — Wo wo wo oh et Pom pom pom pom.

Vincent Battesti/webmestre

Fabre, reviens-nous je t’en supplie - 12 juillet 2007 17:00, par Marie-Marcelline Strauss-Durkkheim

Reviens-nous je t’en supplie
Sans toi se brise not’ vie
Car si s’achèvent les échanges
Les assises n’ont plus d’existence
Oui, mais si t’es lassé
De cette amour fané reste où tu es !

J’irai twister le blues
Le blues et puis le blues
En lisant les bouquins
D’autres ethnos que toi
Mais si tu penses à nous
Si tu t’ennuies déjà
Oh reviens nous

Wo wo wo oh
Ah ah ah ah
Yé yé yé yé
Wo wo wo oh
Oui si tu penses à nous
Si tu t’ennuies déjà
Oh reviens nous
Ah ah
Yé yé yé yé
Wo wo wo oh

Oh reviens nous
Avec une petite liste biblio
Wo wo wo oh
Et des critères pour ta section
Pom pom pom pom

PS. Ils sont où, sur ce forum, les organisateurs des Assises, à part Charles Macdonald ? Ils ont tous déjà partis en vacances ? Ils sont trop occupés à choisir le nombre de petits fours et de bouteilles de champagne ? On attend avec impatience de les lire dans les débats sur le site des Assises…

Rapport de prospective de la section 38 - 12 juillet 2007 15:44, par LLeonard pelltttier

Et une leçon de démocratie en prime. Nous voici partis en Irak ? Mais quel propos de bas étage. Quand on veut vendre du savon, il faut avoir les mains propres. Alors récapitulons, je sais que les mandarins aimeraient passer sous silence ces quelques détails collatéraux, la preuve : ils filent a l’anglaise :

1 - D. Fabre et Charles Macdonalds nous ont fait l’insigne honneur de poster un rapport sans bibliographie. Amen. Chose inacceptable et injustifiable. C’est tout simplement consternant. C’est vraiment se croire au-dessus des règles. C’est de l’amateurisme. Remarquons qu’ils ont autre chose à faire que de chercher 5 références. Quelle vacuité ! Impensable. Et vous voudriez après ca être des interlocuteurs crédibles ?

2 - La question de la clarté du mode de fonctionnement de notre belle section CNRS-ienne, et surtout de cette fameuse commission, est totalement occultée. Si bien que sa probité intellectuelle est largement remise en cause. Il y a plein de spécialistes du religieux dans le jury et le hasard fait que les personnes recrutées, pour l’essentiel, travaillent sur le thème... de la religion !! Un petit rite par-ci, une prière par-là, pour Mauss ou Levi-Strauss surement ? C’est limite freudien tout ca.

3 - Le texte nous dit que la discipline est vivante, un peu comme le CNRS promis a un bel avenir selon les dernieres nouvelles, alors que la situation imposerait un petit peu moins d’engouement (en mettant un petit coup gratuit dans les rotules des sciences de l’éducation, sans justification. Pas besoin, me direz-vous, quand on vit dans la tour). Autocongratulations narcissiques en prime. Mais ils ne savent pas ce qui se passe de l’autre cote de la barrière. Ils ne savent pas que nous devons assumer pour eux. Ils ont perdu leur boussole ?

4 - Ces gens disent représenter la discipline ce qui est absolument faux, ils représentent leurs propres intérêts, ignorent volontairement, sciemment, en toute malhonnêteté intellectuelle tout un ensemble de travaux d’aujourd’hui, mais aussi d’hier qui forment autre chose qu’un beau cercueil pour l’ethnologie. Il est vrai que la politique régule l’absence de débat scientifique. Il est plus aise de répondre sur ce terrain que sur celui en face à face. Et dire que je lis du Fabre ? Ma socialisation anthropologique laisse à désirer ?

5 - Le fait que des gens restent couverts par l’anonymat montre bien qu’ils craignent des répercussions sur leur propre personne, non pas le débat lui-même. Et puis, quand les oligarques parlent de démocratie, c’est l’hôpital qui se moque de la charité, lui jette des pierres et est pris d’un fou rire. Quelle absurdité. La vraiment on a touche le fond. C’est affligeant.

Alors vous avez décidé de filer, de retourner chercher ces références pour que nous puissions avoir enfin un texte digne de ce nom, parfait, grand bien vous fasse ! Mais pitié, si vous êtes incapables de vous comporter en responsable, en rejetant soigneusement les points essentiels des messages postes ici, ne rejetez pas la faute sur l’autre, ne nous gratifiez pas de vos propos lénifiants, retournez a l’abri dans la tour, priez pour votre paroisse.

Ce n’est plus un effort qu’il y a a faire pour devenir républicain, c’est une mutation génétique.

Rapport de prospective de la section 38 : à propos des revues - 11 juillet 2007 18:18, par Daniel Fabre

Mon commentateur anonyme connait bien le sujet mais se trompe de cible. Le rapport constatait simplement la richesse et la diversité des revues d’ethnologie et se faisait l’écho des responsables qui demandent à être au moins consultés quand le CNRS lance une politique des revues. A cela, s’ajoute le fait que certaines ont une expérience en matière de mise en ligne. Et c’est tout. Il aurait fallu ajouter qu’actuellement les choses bougent très vite. Que des revues encore non disponibles en ligne sont en train de s’y mettre (Ethnologie française, Gradhiva 2e série), que les fonds patrimoniaux des sociétés savantes (américanistes, africanistes, océanistes) hébergés au MQB seront également disponibles etc... Qu’il reste du chemin à faire, j’en suis bien d’accord, mais crier « haro sur le baudet ! » au nom d’une « modernisation » standardisée me semble absurde. Le caractère artisanal de certaines revues d’ethnologie est aussi une garantie de leur diversité. Enfin, je dirais à mon collègue sociologue de l’édition scientifique anonyme (que je connait peut-être...) que les revues sont faites d’abord pour être lues et que les lecteurs que nous restons ne peuvent qu’apprécier la qualité et la diversité de celles qui se publient encore en France et souhaiter qu’elles continuent... en s’améliorant.

PS qui n’a rien à voir avec mon interlocuteur : je cesse désormais, et à regret, d’écrire sur ce site. Je considère que le mélange d’intervenants qui avancent masqués et d’autres qui ne se cachent pas est contraire à tous les principe de l’échange démocratique, que l’argument des « représailles » est absurde et insultant, que les Assises dont nous avons tous demandé la tenue partent bien mal avec ce type de pratique.

Trésor des expériences des revues ? - 10 juillet 2007 20:34, par OG, socio-économiste de l’édition scientifique

Daniel Fabre écrit : « Un grand débat est en cours sur l’avenir des revues. L’anthropologie, au sens large, est sans doute, étant donné sa faiblesse démographique, l’une des disciplines les plus remarquablement productives en cette matière. Si l’on peut envisager des regroupements dans lesquels le CNRS peut dire son mot, il faut convenir que la géographie actuelle des revues reflète assez bien la diversité interne du domaine. Les grandes revues généralistes – L’Homme au premier chef – échappent à l’effet de chapelle et assument leur rôle d’expression des avancées de la discipline et de lieu où la jeune génération s’initie à la publication. Le trésor des expériences accumulé par les équipes dirigeantes des revues, y compris en matière de numérisation et de mise en ligne, devrait être beaucoup plus sollicité qu’il ne l’a été jusqu’à présent par les directions du CNRS quand il s’agit de définir une politique d’ensemble. »

Quelques observations sur les revues de l’ethnologie/anthropologie. Parmi les revues de la discipline, certaines n’ont aucune politique de publication en ligne (Gradhiva, Ethnologie française…), certaines ont des périodes d’embargo nettement supérieures à la moyenne (L’Homme, 5 ans), certaines mettent en ligne leurs articles en html sans les illustrations des articles originaux (et sans fournir les paginations…).

Aucune de ses revues ne procèdent par « appel à communications » largement diffusé pour les numéros à thème (comme c’est de plus en plus la norme dans les autres secteurs disciplinaires, et dans les revues internationales). Aucune n’a publié sa politique éditoriale sur la mise en ligne en archives ouvertes des « pré-prints ». Certains comités de rédaction sont dans leur composition d’un machisme affligeant (L’Homme), franco-français, et ont fort peu de turn-over, etc.

On espère, au contraire de Monsieur Daniel Fabre, que le CNRS ne prendra pas exemple sur ces caractéristiques conservatrices en usage dans les revues d’ethnologie pour en faire une norme.

Pour ce qui est de l’édition scientifique institutionnelle, la situation n’est pas plus brillante : impossible (à l’exception notable des éditions du CTHS) de connaitre la composition des conseils éditoriaux et le nom des responsables des collections (par exemple, aux éditions MSH, EHESS, CNRS)…

A la différence d’autres disciplines, la section 38 n’a publié aucune liste des revues (nationales et internationales) qu’elle considère comme des revues importantes.

Le modèle dans l’édition en ethnologie est celle du directeur de collection qui publie ses ouvrages personnels et celles de ses vassaux. Pour certaines collections (ethnologie de la France), les publications sont issues dans leur quasi-totalité de recherche financées par la Mission Ethnologie - ex du patrimoine- et les questions du conseil scientifique de ladite Mission et de son mode de sélection sont restées sans réponse.

Plutôt que de s’auto-glorifier d’un soit-disant savoir-faire exceptionnel dans le domaine éditorial, et faire ainsi une nouvelle fois la preuve d’une affligeante auto-satisfaction basée sur la méconnaissance des fonctionnements de l’édition scientifique dans d’autres secteurs disciplinaires, on suggère aux responsables des Assises de faire une étude comparée du fonctionnement des revues dans la discipline (nationales et internationales), et dans les disciplines voisines. Mais à constater le peu de contenu de ce site, on peut douter de la volonté des responsables des revues de faire une telle analyse.

A lire les échanges sur ce site, on a l’impression que les responsables de l’ethnologie sont vraiment très contents d’eux et de leurs pratiques. Quelle absence de lucidité…

Rapport de prospective de la section 38 - 22 juin 2007 19:42, par Chercheur en sciences de l’éducation

Les anthropologues de la 38 écrivent (je cite) :
« Les deux premiers prennent acte de la dilution dans un éclectisme invertébré de deux domaines qui restent fortement attractifs dans l’université de masse : les « sciences de l’éducation » et les « sciences de l’information et de la communication ». Le vide en ces domaines est à ce point criant que le débat public est occupé d’une part par une philosophie plus ou moins médiatique et, de l’autre, par des acteurs promus au rang de témoin. Or, les chercheurs créatifs en ces domaines font tous appel à des styles de problématique qui s’inspirent ouvertement de l’anthropologie ; celle-ci devrait être partie prenante, en première personne, sur ces terrains. »

Les auteurs de ce texte se permettent d’émettre des critiques définitives (« éclectisme invertébré », « vide », « acteurs promus au rang de témoin[s] » [1] sur des disciplines scientifiques dont visiblement ils ne connaissent ni les travaux, ni les chercheurs. Qui sont ces « philosophes plus ou moins médiatiques » et ces « acteurs témoins » auxquels le texte fait allusion, et dont les interventions et écrits n’ont pas l’honneur d’être évalués positivement par les anthropologues ? On m’excusera de penser qu’il s’agit-là d’une manifestation de supériorité colonialiste aussi désagréable que déplacée.

Les responsables de l’ethnologie et de l’anthropologie n’ont pas daigné jusqu’à présent promouvoir ces objets et domaines de ces nouvelles disciplines (sciences de l’éducation et SIC - sciences de l’information et de la communication) dont les productions sont effectivement fort vivantes, riches et diversifiées. Pas seulement aux USA, en France aussi. L’éclectisme de leurs travaux ici condamné n’est-il pas aussi caractéristique des recherches en anthropologie ? Est-ce bien sérieux d’écrire aujourd’hui que « celle-ci [l’anthropologie] devrait être partie prenante, en première personne, sur ces terrains » ? Je note dans ce texte la confusion concernant la définition du terme « terrains », employé ici avec une polysémie systématique autant que floue (comme d’ailleurs dans le texte « conjoncture ») pour signifier objets, méthodes, champ, discipline - un anthropologue sans terrain serait-il privé d’existence ?

Cette déclaration m’apparait comme une volonté d’hégémonie pour le moins étonnante [2]…

Les auteurs en SIC et en sciences de l’éducation travaillent depuis longtemps d’une manière ouverte et pluridisciplinaire, en s’appuyant sur les travaux de Leroi-Gourhan, oubliés des anthropologues… mais aussi sur les méthodes des ergonomes, sur les concepts des sciences cognitives, en employant l’observation directe qui n’est plus depuis longtemps la propriété de la seule anthropologie - si elle le fût un jour, à part dans les fantasmes propriétaires d’anthropologues ignorants des travaux des autres disciplines.

Ce texte m’apparait comme une pathétique tentative, vouée à l’échec, de récupération par une anthropologie désormais sans projet, sans objet, et même sans déontologie [3],et pour tout dire, sans avenir, pour tout dire d’une OPA sur des disciplines jeunes ne disposant pas encore au sein du comité national d’une section (ou d’une partie d’une section), contrairement aux vieilles anthropologie/ethnologie qui ne semblent aujourd’hui capables ni de faire un bilan, ni d’envisager leur avenir.

Lien hypertexte: voir les travaux en ligne sur EduTice (archives ouverte en ducation et technologies de l’information et de la communication)

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