Présentation du Débat 3.

Les anthropologues dans la société

Depuis une quinzaine d’années, de nombreuses réflexions ont été développées autour de deux types de recherches anthropologiques sous contraintes qui, bien que ne relevant pas du même statut, se rejoignent dans les problèmes que soulèvent leurs exécutions. Le premier type concerne les recherches finalisées ou contractuelles hétéroclites : expertises pour entreprises, consultations d’ethnomarketing, l’ethnopsychiatrie à l’hôpital, enquêtes commanditées par des associations ou des organismes internationaux, animations de centres culturels… Ces recherches correspondent généralement à des opportunités saisies au vol par des ethnologues en quête de ressources, qui les font apparaître comme secondaires vis-à-vis des recherches académiques menées parallèlement. Le second type touche aux recherches au demeurant plus classiques, mais qui, pour leur réalisation, dépendent également d’un tiers médiateur. Dans ce cas, les ethnologues se trouvent alors employés (comme ethnologues ou non) par les organismes (ONG, institutions internationales, etc.) qu’ils étudient ou qui leur permettent d’accéder au terrain de recherche. Ces recherches se trouvent dépendantes d’organismes tiers qui interfèrent, volontairement ou non, dans la conduite du terrain (temporalité, accès à différents domaines, image de l’ethnologue liée à son employeur, etc.), ou sur sa finalité. Toutefois, en tant que « marges », elles ne font que rendre plus visibles des problèmes bien présents dans les conditions et les finalités de la recherche en général, et ont pour vertu supplémentaire de réinscrire les ethnologues et les travaux anthropologiques dans le champ social et les débats de société. Dans le cadre de ces débats de société, les anthropologues sont donc appelés à remédier aux symptômes d’un système social et politique globalisé qui semble fermement établi suivant une logique rationnelle. Ils doivent s’occuper des idéologies, croyances et émotions au quotidien qui dérangent le bon déroulement des choses. Mais le regard que l’ethnologue peut avoir sur le quotidien de nos sociétés est capable de toucher le centre même de ce semblant de rationalité et de dévoiler le fonctionnement et les logiques qui sous-tendent les rapports de pouvoir et d’idéologie en place en allant au-delà des explications pré-établies. Les ethnologues étudient aujourd’hui les logiques du système de la finance, pénètrent dans les enceintes des institutions internationales et d’autres hauts lieux du pouvoir politique et économique. Leurs regards permettent d’aller au-delà des visions du monde dominant et de rester ouvert sur l’imprévisible et l’inattendu. L’ethnologue a donc un rôle essentiel à jouer pour découvrir, rendre intelligible et apparent des logiques et des rapports de pouvoir qui informent la pratique quotidienne et qui sont cachés par les idéologies dominantes. Le regard que l’ethnologue peut porter sur notre société contemporaine est donc potentiellement subversif et dérangeant. Comment un tel regard s’accorde-t-il avec le rôle institutionnel que l’ethnologue est amené à jouer ? Comment l’ethnologue s’arrange-t-il ? Dans quelle mesure dérange-t-il ? La place des ethnologues et de leur savoir dans la société se doit donc d’être clarifiée, en tout cas questionnée. Dans cette perspective, au moins trois pistes d’exploration peuvent engager les débats :
- La première concerne le rapport de la discipline à la société et la question de la finalité de son savoir. Il semble important de saisir le phénomène qui touche à l’emploi d’ethnologues dans le cadre de « demandes sociales ». Ainsi, avant même de s’interroger sur ce type de recherches, il est nécessaire d’en comprendre les motivations générales. Le champ a déjà été bien défriché concernant le besoin d’experts que génèrent nos sociétés, mais peu de recherches se sont interrogées sur ces nouveaux besoins « ethnologiques » qui apparaissent et mettent au jour tant les attentes que la vision de la société sur l’ethnologie. Il s’agit, notamment, de comprendre le rôle attribué à l’ethnologue au regard des situations post-coloniales et post-socialistes actuelles et de leurs héritages. Comprendre ce qu’attend la société de l’ethnologie, c’est aussi s’interroger sur l’image que renvoie l’ethnologie dans les différentes sphères de la société, et débattre du même coup de ce qu’elle veut montrer et donner ainsi que des moyens qu’elle déploie à cette fin.
- La seconde porte sur les relations entre ces recherches et les recherches dites institutionnelles. Tout un ensemble de questions porte notamment sur l’articulation de ces deux types de recherches entre elles. Quelles relations les institutions de recherche veulent-elles entretenir avec les recherches qui leur sont extérieures, au regard : 1- des questions de visibilité et de présence de la discipline dans la société, 2- des conditions d’exécution de ces recherches relevant des commanditaires et du statut des ethnologues, 3- des incidences des recherches finalisées sur la recherche tant au niveau des usages et des orientations des savoirs que des modalités d’effectuation de la recherche, 4- des demandes sociales d’intervention ? Inversement, sous quelles conditions et sous quelle forme ces recherches « hors les murs » peuvent-elles entrer en relation avec les institutions de recherche ?
- La troisième piste de réflexion touche à l’implication de l’ethnologue. L’anthropologie comme intervention sociale soulève des questions morales et éthiques que la réflexivité même des ethnologues ne permet pas d’évacuer. La volonté d’une présence du discours anthropologique sur la scène publique, notamment autour des questions de l’actualité (affaire du voile, crise des banlieues, etc.), ne manque pas de repositionner les ethnologues vis-à-vis de certains cadres normatifs de leur discipline et vis-à-vis d’autres disciplines qui occupent déjà la scène.

Posté le 6 novembre 2006 par Alexandre Soucaille, Birgit Müller

31 commentaire(s)

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Présentation du Débat 3. - 17 janvier 2017 04:16, par Georges Foity

merci Serrurier Aulnay-sous-Bois pour ce post Serrurier Aulnay-sous-Bois Serrurier Aulnay-sous-Bois

Présentation du Débat 3. - 17 janvier 2017 02:04, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 16 janvier 2017 23:18, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 15 janvier 2017 14:04, par Georges Foity

merci Serrurier Paris 20 pour ce post Serrurier Paris 20 Serrurier Paris 20

Présentation du Débat 3. - 15 janvier 2017 09:00, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 15 janvier 2017 07:33, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 15 janvier 2017 01:45, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 15 janvier 2017 01:14, par Georges Foity

merci Serrurier Paris 14 pour ce post Serrurier Paris 14 Serrurier Paris 14

Présentation du Débat 3. - 14 janvier 2017 13:53, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 14 janvier 2017 13:02, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 14 janvier 2017 06:04, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 13 janvier 2017 08:55, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 12 janvier 2017 20:18, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 12 janvier 2017 12:13, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 12 janvier 2017 06:00, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 22 décembre 2016 19:56, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 22 décembre 2016 18:51, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 13 décembre 2016 17:16, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 12 décembre 2016 14:56, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 5 décembre 2016 22:39, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 9 novembre 2016 01:41, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 13 octobre 2016 02:42, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 12 octobre 2016 23:49, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 11 octobre 2016 10:43, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 6 octobre 2016 22:47, par Georges Foity

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Présentation du Débat 3. - 6 octobre 2016 21:13, par Georges Foity

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Présentation de la Piste 3. anthropologie et enseignement dans le secondaire - 31 mars 2007 16:11

pour aller dans le sens de Frank La Barbe, de prendre en compte l’ensemble des initiatives (ethnokids, ateliers d’ethnologie de l’académie de créteil, fondation 93, graine d’ethno.... pour n’en citer que quelques-unes en région parisienne) déjà existantes pour refléchir judicieuses à ce que veut dire enseigner l’ethnologie à l’école, ou je prèfererais, initier à l’ethnologie à l’école (cf pour ce faire, l’ouvrage co-écrit avec Gisèle Provost, enseignant dans le secondaire, : Apprentis ethnologues, quand les élèves enquêtent, Créteil, CRDP, 2003).... anne Monjaret chercheur au CNRS (CERLIS)

Présentation de la Piste 3. L’ethnologie et le secondaire (réponse à Frank LA BARBE) - 20 janvier 2007 18:59, par alexandre soucaille

Le thème des modalités de la présence de l’anthropologie dans le secondaire est bien sur à traiter. J’ai pour ma part quelques idées sur le sujet liées à l’expérience d’ateliers de pratique ethnologique en primaire et en secondaire menés par l’association Passerelles. Je soumets ici à réflexion et discussion les « vues des ethnologues » sur les ateliers. extrait d’un article à paraître dans un numéro de l’ethnologie française dirigé par Jean Paul Filiod, et co-écrit avec deux autres ethnologues Julie Descelliers et Fabienne Martin. J’en reprendrais sous peu les termes pour la discussion du séminaire Transformations des institutions de recherche et d’enseignement, production des connaissances, idéologies du 13 février « Les effets du passage aux masters et les nouvelles conditions d’existence des écoles doctorales. » proposé par l’équipe de la piste 1 (voir agenda). Et je vous invite à donner votre point de vue et nous faire par de votre expérience. Alexandre Soucaille Voici l’extrait : Vue de l’ethnologue Commençons donc notre tour de « vues » par un peu de réflexivité. La première expérience déstabilisante des ateliers est sûrement la mesure par l’ethnologue de l’ambiguïté de sa situation : dans l’espace scolaire des ateliers, il ne correspond ni exactement à ce qu’il prétend être, ni à ce qu’il prétend faire. Il ne mène pas une recherche ethnologique dans le sens où la classe serait son terrain, ni ne diffuse, comme dans un cours, une connaissance dont il serait spécialiste. Il s’engouffre sur les terres encore peu explorées de la communication d’un savoir-faire puisqu’il s’agit avant tout de mettre l’accent sur la pratique. La pratique n’est pas exactement la méthode et il ne s’agit pas d’enseigner la « bonne collecte » (dont chacun sait qu’elle ne fait pas l’ethnologue pour autant), mais de provoquer ici une expérience de la distanciation par de micro confrontations au bien connu. Le partage de la discipline passe en quelque sorte par un phénomène d’interpellation qui nécessite tout un dispositif se devant de marquer les élèves. Les procédés d’expérimentation ont ainsi la lourde charge de transmettre cette expérience ethnologique constituante, imprégnée certes de subjectif, mais éminemment objectivée dans l’élaboration d’une connaissance – l’ethnologie n’est pas un point de vue personnel mais un point de vue problématisé, partageable et discutable. Dans cette perspective, la nouveauté d’une discipline et de ses méthodes, la relation avec d’autres élèves lors du travail en groupe et de la journée exposition-bilan, l’expérience d’un dispositif inhabituel en classe, l’intérêt pour l’usage des appareils photographiques et des enregistreurs numériques, les relations fugaces avec des passants interrogés lors du terrain, sont autant d’éléments qui participent du processus d’étonnement. L’expérience des ateliers nous a donc conduit à réfléchir aux principes méthodologiques qui caractérisent notre discipline et aux manières possibles de les rendre « expérimentables » pour les élèves. Ce type de questionnement, qui permet de se situer en tant que chercheur, participe du mouvement même de la recherche. Au contact des élèves, il a pris une tournure dynamique, au travers de mises en situation et de questions, bien souvent les plus anodines, qui nous conduisent à formuler, voire à reformuler, les choses (et donc à se positionner). L’interaction avec les élèves soutient ainsi l’élaboration de nos points de vue, qu’elle met à l’épreuve de façon très concrète. En ce sens, elle participe à la fabrication du chercheur au même titre que les échanges coutumiers internes à la communauté scientifique. On le voit, notre perception ethnologique des ateliers repose en grande partie sur les prémisses réflexives des moyens du partage et sur leur ajustement in situ sous la forme d’une co-élaboration d’un propos, de questions, d’orientations et de choix. Cette co-élaboration reste toutefois encadrée par les techniques qui en permettent l’expression et l’ancrage dans une perspective scientifique particulière. Les dispositifs mis en place – incluant les exercices préparatoires, le terrain et son analyse – nous semblent ainsi investir d’une double finalité la pratique d’une recherche encadrée : l’élaboration de connaissances sur un sujet et l’apprentissage de manières de connaître. De ces expériences se dessine alors un modèle plus général d’articulation de l’ethnologie, entendue comme discipline de recherche, au système éducatif des premier et second cycles. Il nous paraît essentiel de préserver la qualité intrinsèque d’extériorité propre à l’activité de recherche et d’en penser sa valeur d’apprentissage, plutôt que d’intégrer l’ethnologie au système éducatif, sur le modèle de l’histoire, de la géographie, des sciences économiques ou de la philosophie. (« un ethnologue dans la classe. Retour sur une expérience. » Julie Descelliers, Fabienne Martin et Alexandre Soucailleà paraître ethnologie française, Pour une anthropologie de l’école. sous la direction de Jean Paul Filiod).

Présentation de la Piste 3. - 20 janvier 2007 16:45, par LA BARBE Frank

Il me semble urgent d’intéger l’anthropologie au coeur de la pratique pédagogique dans le secondaire. Cette question est-elle prévue aux assises de 2007 ? Signé : un enseignant-ethnologue.


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