Les candidatures à la section 38 : une première approche
Rappelons brièvement le contexte : il était question que la section 38 « fusionne » avec la 33, et disparaisse de l’organigramme du CNRS. Outre les multiples inquiétudes et lectures qui accompagnaient cette « fusion », on pouvait cependant se demander si elle ne reposait pas sur une réalité « sociologique », à savoir que les anthropologues et les candidats à la section « Mondes modernes et contemporains » étaient les mêmes. Pour connaitre le degré de proximité entre elles, il suffit de comparer chacune des listes des candidats de ces sections et repérer les « doublons » (c’est-à-dire les candidats qui sont simultanément dans les différentes listes). Pour avoir quelques éléments de comparaison, ce questionnement a été élargi à d’autres sections qui me semblaient « intuitivement » proches de l’anthropologie comme la 36, la 39 et la 40. En 2007, j’ai effectué le même travail mais cette fois-ci pour l’ensemble des sections SHS (liste des sections : 31 : Hommes et milieux : évolution, interactions ; 32 : Mondes anciens et médiévaux ; 33 : Mondes modernes et contemporains ; 34 : Langues, langage, discours ; 35 : Philosophie, histoire de la pensée, sciences des textes, théorie et histoire des littératures et des arts ; 36 : Sociologie - Normes et règles ; 37 : Economie et gestion ; 38 : Sociétés et cultures : approches comparatives ; 39 : Espaces, territoires et sociétés ; 40 : Politique, pouvoir, organisation).
1/ La 38, une section mal dotée ?
En 2007, 1182 candidats SHS – et non candidatures : un candidat peut postuler à plusieurs postes, donc faire œuvre de plusieurs candidatures – se sont présentés pour 59 postes, ce qui correspond à un 1 poste pour 20 candidats. Bien sûr ce rapport doit être revu si l’on considère le nombre de candidatures. N’ayant pas effectué les mêmes calculs pour l’ensemble des SHS en 2006, nous ne disposons pas d’éléments de comparaison. Cela dit, le nombre de postes par section a légèrement augmenté, notamment en CR2.
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Concernant plus spécifiquement la section 38, nous devons d’abord noter qu’elle est l’une des plus grandes sections en nombre de candidats, ce qui nuance au passage l’image d’une discipline démographiquement « petite », en 2006 comme en 2007.
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Classement des sections en fonction du nombre de candidats pour 2007
L’importance démographique des candidats de cette section explique en partie qu’elle présente un nombre de candidats par poste supérieur à la moyenne des SHS : 6 postes furent ouverts – 4 comme CR2 et 2 postes en CR1 – ceci pour 181 candidats effectifs, ce qui correspond à 30 candidats environ pour un poste. Puisque la répartition des postes entre les sections est, visiblement, à peu près égale entre sections et qu’elle est indépendante du nombre de candidats de ces dernières, la « 38 » n’est pas la mieux dotée des SHS. Elle arrive en 7ème position (Classement par décroissant des sections en fonction du nombre de candidats/poste : 34, 37, 31, 33, 39, 32, 38, 36, 35, 40).
2/ Sections et logique disciplinaire
Le second constat que l’on peut faire, pour 2006 et 2007, est l’importance de la logique disciplinaire. En 2006, les frontières disciplinaires de la 33, 38 et 39, que l’on s’en réjouisse ou non, sont rarement transgressées et les candidats présentent une seule section. Il n’y a pratiquement aucun candidat en commun entre ces trois sections ; la section la plus « proche » de la 38 étant la 36. Bref… le rapprochement entre 38 et 33 n’aurait reposé sur aucune réalité sociologique du point de vue des candidatures. Cette logique disciplinaire se retrouve dans les recrutements dans l’ensemble des sections SHS, puisque seulement 17 % des admis de cette année ont présenté une candidature dans une autre section. En revanche, on observait une grande proximité entre la 36 et la 40 : ces deux sections partageaient la majorité de leurs candidats.
On retrouve la même logique disciplinaire en 2007 : les candidats présentent généralement qu’une section, comme on peut le voir dans le tableau suivant.
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Les candidats « pluri-sections » se rencontrent principalement dans les sections 36, 40 et 38… Concernant les deux premières, cela s’explique toujours par cette grande similitude des candidats.
Dans quelles sections postulent ces candidats « pluri-sections » de la 38 ? 27 % présentent la 36, 18 % la 40 et 17 % la 33. Nous retrouvons donc la même proximité que l’année précédente.
Renversons la perspective et demandons-nous qui, parmi les candidats « pluri-sections » des autres sections, présente la 38 ? Arrive alors en tête la 33 : 20 % des candidats « pluri-sections » de la 33 postulent en 38. Puis arrivent la 34 (Langues, Langage, Discours) et la 36 (18%) et enfin la 39 (17%). Autrement dit, toujours selon ce référentiel « candidats », la 38 est proche de la 36, la 33 est proche de la 38… et non l’inverse.
3/ Le maintien d’une différence entre CR1 et CR2 ?
L’un des éléments majeurs qui a changé le concours – et les stratégies de candidature – est la fin de la limite d’âge pour les CR2, si bien qu’il est fréquent d’entendre que beaucoup de CR1 auraient gonflé les rangs des CR2. Il est difficile de le vérifier à partir des seules listes de candidats. On peut toutefois se demander quel est le pourcentage de candidats présentant CR1 et CR2.
Rappelons d’abord que la majorité (55%) des candidats en SHS postule à un seul poste. Sur les 45 % restants, ils sont 70% à postuler sur deux postes, 17% sur 3 postes, 11% sur 4 postes, 2% sur 5 postes ou plus, que cela soit dans la même ou dans une autre section. Il y a une grande variation dans la proportion des « pluri-candidatures ». Comme nous pouvons le voir dans le tableau suivant, la 38 est l’une des sections dont les candidats ont la plus forte propension à postuler sur plusieurs postes, juste derrière la 36 et la 40 qui forment un binôme (un candidat en 36 présente souvent la 40 et vice versa).
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Si les candidats de la 38 présentent plusieurs postes, cela ne veut nullement dire qu’il y ait beaucoup de « CR1-CR2 ». En moyenne, toutes SHS confondues, les « CR1-CR2 » représentent 39% de ces candidats à candidatures multiples. Or, en 38, seulement 12 % des candidats à candidatures multiples ont postulé en CR1 et CR2 ; 81 % en CR2 et 7 % en CR1 (ce dernier pourcentage se rapprochant de ce que l’on peut observer dans les autres sections). Il y a peut-être là encore une spécificité de la 38 : le maintien d’une différence entre ces deux rangs dans le concours.
Conclusion
Ce travail doit être évidemment complété et enrichi par d’autres sources. La constitution de cohortes de docteurs serait centrale. De même, il faudrait pouvoir croiser ce travail « macro » avec des analyses plus fines (entretiens, ethnographie, etc.). Il serait aussi intéressant de remonter sur plusieurs années pour saisir l’évolution et – mais n’est-ce pas être trop optimiste ? – continuer en 2008. Bien qu’il soit difficile de conclure, nous pouvons néanmoins noter plusieurs points :
- La section 38 est une section importante en nombre de candidats. Corrélativement, elle n’est pas bien dotée en nombre de postes.
- La logique disciplinaire reste importante. Sauf pour la 36, la 38 et la 40, les candidats conservent des logiques disciplinaires fortes. Ils ne présentent généralement qu’une section.
- En terme de « proximité » entre les sections, nous pouvons dire que si, en 2007, la 33 peut paraitre proche de la 38, l’inverse n’est pas vrai : la 38 en est assez éloignée alors qu’elle est proche de la 36.
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