Troisième proposition de l’association Txoke ! : la constitution d’équipes multidisciplinaires élargies avec des capacités d’action amplifiées

Par Raphaël Parejo-Coudert et Ingrid Kuschick.

Cette brève vient tout naturellement après les précédentes pour repréciser notre vision transversale et internationale de la recherche. Rappelons pour commencer que l’intitulé complet de l’association Txoke ! est le suivant :

Txoke ! Association Européenne pour la Recherche, la Sauvegarde et la Mise en Valeur du Patrimoine Culturel

Ledit intitulé nous place de plain-pied au cœur du débat.

La fondation de l’association Txoke ! part en effet d’un changement de paradigme. Les actuelles conditions socio-économiques, culturelles et politiques dans lesquelles nous devons en France, mais aussi dans tout le reste de l’Europe, exercer notre profession, nous ont poussé à envisager la formation au sein de l’association d’équipes interdisciplinaires avec des capacités d’agir très étendues. La composition de ces équipes peut paraître quelque peu inhabituelle, car ici la pluridisciplinarité ne concerne pas que des chercheurs, mais également d’autres catégories professionnelles comme nous l’avons précisé dans d’autres brèves antérieures telles que : spécialistes du patrimoine (conservateurs, techniciens de la conservation et de la restauration, archivistes, bibliothécaires), de la diffusion culturelle (création multimédia, édition, création d’évènements culturels) et de la communication.

L’utilité de cette collaboration a été prouvée lors de nos travaux les plus récents menés en Biscaye, et nous la mettons à l’épreuve de manière encore plus conséquente dans l’un des projets européens les plus importants lancés par l’association cet automne (Anthropologie et culture de la mine en Europe) qui concerne déjà trois pays : l’Allemagne, la France, et l’Espagne. Dans ce projet sont impliqués des chercheurs (anthropologues, ethnologues, ethnomusicologues, historiens, professionnels de la conservation et de la diffusion culturelle).

On peut affirmer que l’association propose dans ce cas précis un projet global, « clefs en main » puisqu’il vise à la fois le recueil de matériau inédit ou pré-existant (fonds diverses), sa mise en forme et son analyse, et la production d’expositions, d’un festival de chants et musiques de mineurs, et de publications diverses. La partie diffusion est également envisagée, de même qu’une exposition internationale à la fois d’œuvres d’anciens mineurs (peintures, dessins, sculptures, musique) et d’œuvres d’artistes s’inspirant de l’univers de la mine. Dans cette optique « globale », ou « globalisante » (ce qui est en fait le propos original de l’anthropologie, ce que l’on a parfois tendance à oublier), l’appartenance disciplinaire devient presque secondaire, dans la mesure où nous partons d’une optique anthropologique, et plus précisément celle de l’anthropologie appliquée et que se respectent des critères visant la sauvegarde et la diffusion du patrimoine culturel.

L’article 3 de nos statuts, déjà mentionné dans l’une des brèves que nous avons publiés (v. : Première proposition d’intervention de l’association Txoke ! dans le cadre du débat 5 des Assises de l’Ethnologie et de l’Anthropologie en France : La structure associative de la discipline) éclaire cette pluridisciplinarité élargie. L’anthropologie en soi (dans son versus « anthropologie appliquée ») en tant qu’axe central de mise en perspective globale, proposition méthodologique, et perception éthique, a été considérée par toutes et tous comme essentielle, tant pour les travaux en équipe que pour la création même de l’association.

Seule cette approche multidisciplinaire à laquelle participent des membres de différents pays d’Europe permet d’autre part de réaliser des projets comparatifs de thématiques très diverses et la plupart du temps transversales, et de chercher les financements adéquats (ce qui n’est pas négligeable). Nous en voulons pour preuve les exemples de recherches suivants lancés par nos membres, déjà réalisés, en cours, ou en projet à court terme :

• La base de données intégrale du Musée de la mine du Pays Basque (Museo de la Minería del País Vasco, Gallarta, Biscaye), créée et développée par Raphaël Parejo-Coudert (Ingrid Kuschick assurant la coordination de la communication entre le Musée, le concepteur et les financeurs).

• La jota en Biscaye. Film ethnomusicologique et anthropologique (anthropologie visuelle).

• La tradition de l’Olentzero (personnage mythique basque, liée à la période de quêtes traditionnelles de Noel) à Berango, Biscaye.

• Travail ethnographique à base d’entretiens (certains filmés) destinés à comprendre les évolutions extrêmement rapides d’une petite localité de Biscaye et son passage d’un mode de vie rural traditionnel à celui d’une cité dortoir du grand Bilbao.

• Culture minière dans le Nord Pas-de-Calais (France). Témoignages oraux et enregistrements du parler patoi du Nord et de chants et musiques du monde des mineurs. Un film est également envisagé. Fait partie du projet européen lancé en septembre 2007, concernant la France, l’Allemagne, et l’Espagne.

• Le travail des femmes et des enfants dans les mines de fer de Biscaye (histoire orale). Fait partie du projet européen lancé en septembre 2007. • Spiritualité et croyances dans l’univers des anciennes mines de fer de Biscaye. Entretiens enregistrés et filmés. Fait partie du projet européen lancé en septembre 2007.

• Une mémoire photographique de Salta (Argentine) : appui technique et financier pour le sauvetage, la restauration et la mise en valeur du Fonds photographique Acedo, récemment découvert à Salta (v. aussi : http://dfotoarte.blogspot.com/2006/...). Travail supervisé en Argentine par l’un de nos membres, photographe professionnel : Alejandro Ahuerma. Au sujet de Ahuerma voir aussi : http://www.arteprofesional.com/usua.... Une de nos membres, Marie-Pierre Faurite, française, spécialiste en diffusion culturelle est chargée par Txoke ! de veiller au bon usage des fonds débloqués pour le projet.

• Le patrimoine sonore et culturel des radios libres locales en Europa (archives sonores, entretiens avec d’anciens membres et des membres actuels).

• Les jeux d’adresse utilisant des boules ou des palets en Europe (projet européen en phase d’élaboration).

• La txalaparta, un instrument de musique basque emblématique (Anthropologie visuelle et sonore). Raphaël Parejo-Coudert a obtenu un prix lors du concours chasseurs de son 2004 de Radio France pour un enregistrement exceptionnel réalisé dans les grottes de Baltzola en Biscaye. Le film prévoit un travail particulier avec le joueur de txalaparta Josu Goiri, qui est l’auteur d’un livre de référence sur l’instrument.

• Les traditions des chemins de Saint-Jacques de Compostelle : histoires, anecdotes et musiques traditionnelles et populaires (projet européen en phase de pré-lancement).

• La mine et l’industrie dans l’art en Biscaye et en Europe (œuvres artistiques d’anciens mineurs et d’œuvres d’artistes s’inspirant de l’univers de la mine). Fait partie du projet européen lancé en septembre 2007.

• L’appui au projet sculptural monumental « Le Solitaire des Marées » du sculpteur et designer français Jean -François Aillet. Il s’agit d’un projet destiné à une ville, qui reste encore à choisir, où la sculpture monumentale trônera au centre d’une place « des sables des mers du monde ». Les membres de l’association analysent cette sculpture et la place destinée à l’accueillir comme un possible « patrimoine du futur ». L’association s’est déplacée avec une délégation culturelle basque (musiciens, danseurs, responsables de la fête médiévale du château de Butron, Biscaye), a participé à l’évènement exceptionnel organisé au Mont Saint-Michel au printemps 2007.

Le travail de gestion, de recherche, de documentation, de conservation et de diffusion, lié a des projets concrets, crée d’emblée la nécessité d’une méthodologie adaptée. La gestion du temps en est un des éléments essentiels et incontournable. La rationalisation du temps imparti aux différentes étapes du processus recherche-analyse-conservation-diffusion est en partie facilitée par l’utilisation de programmes informatiques innovants, tels que programmes d’analyse qualitative et d’indexation audio et vidéo, bases de données spécifiques pour les chercheurs, logiciels de traitement audios performants et de restauration sonore, ou encore d’aide à la transcription et à l’analyse musicale).

Il est important de rappeler que nombres de projets passés ou actuels travaillent sur des témoignages oraux, c’est-à-dire sur le patrimoine intangible ou immatériel (reconnu comme tel par l’Unesco). Il concerne donc autant les chercheurs que les spécialistes du patrimoine. D’où la nécessité de cette transversalité que nous appelons de nos vœux. Dans les projets encore, les spécialistes de chaque discipline ou thème échangent leurs expériences avec les autres ou participent directement à la facette du projet qu’ils dominent, sans pour cela en perdre de vue les autres facettes. La synergie créé permet d’une part des avancées rapides, et d’autre part permet d’aborder des pans entiers de l’objet de recherche qui eussent autrement été laissés dans l’ombre.

L’échange et les nouvelles formules nouvelles de communication qui le facilitent sont centrales dans le fonctionnement de l’association. Les échanges par Internet, par courriel, mais aussi par systèmes de visoconférence ou téléphone, sont en train de se développer, mais ne constituent que le commencement d’un réseau véritable d’adhérents, dans lequel notre site Internet aura un rôle central, étant conçu comme centre de ressources et d’échanges.

Conclusion

Inter ou multidisciplinarité, transversalité et création de réseaux structurés sont les réponses que tente d’apporter (nous sommes conscients des difficultés) notre association à la crise disciplinaire que nous traversons depuis plusieurs années. Nous pensons que nous ne nous étions pas adaptés assez vite au changement de civilisation que nous vivons, mais aussi à la globalisation marchande en cours. Nous tenterons dans le mesure du possible d’ouvrir de nouveaux horizons pour la recherche, la conservation et la diffusion du patrimoine culturel, à partir de ces critères. L’adéquation de la méthodologie, appliquée aux défis qui nous sont imposés par le nouvel environnement dans lequel nous nous mouvons, est une gageure permanente pour nos membres que nous souhaitons relever.

Ingrid Kuschick, présidente : ikuschick@txoke.eu (adresse éléctronique Txoke !) /
ikuschick.anthropo@kuschick.eu (adresse électronique professionnelle)

Raphaël Parejo-Coudert (secrétaire) : rparejo@txoke.eu (adresse électronique Txoke !) /
mailto:r.parejo@ethnomusicologie.org (adresse électronique professionnelle)

Posté le 14 octobre 2007