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Rapport de prospective de la section 38

Les anthropologues de la 38 écrivent (je cite) :
« Les deux premiers prennent acte de la dilution dans un éclectisme invertébré de deux domaines qui restent fortement attractifs dans l’université de masse : les « sciences de l’éducation » et les « sciences de l’information et de la communication ». Le vide en ces domaines est à ce point criant que le débat public est occupé d’une part par une philosophie plus ou moins médiatique et, de l’autre, par des acteurs promus au rang de témoin. Or, les chercheurs créatifs en ces domaines font tous appel à des styles de problématique qui s’inspirent ouvertement de l’anthropologie ; celle-ci devrait être partie prenante, en première personne, sur ces terrains. »

Les auteurs de ce texte se permettent d’émettre des critiques définitives (« éclectisme invertébré », « vide », « acteurs promus au rang de témoin[s] » [1] sur des disciplines scientifiques dont visiblement ils ne connaissent ni les travaux, ni les chercheurs. Qui sont ces « philosophes plus ou moins médiatiques » et ces « acteurs témoins » auxquels le texte fait allusion, et dont les interventions et écrits n’ont pas l’honneur d’être évalués positivement par les anthropologues ? On m’excusera de penser qu’il s’agit-là d’une manifestation de supériorité colonialiste aussi désagréable que déplacée.

Les responsables de l’ethnologie et de l’anthropologie n’ont pas daigné jusqu’à présent promouvoir ces objets et domaines de ces nouvelles disciplines (sciences de l’éducation et SIC - sciences de l’information et de la communication) dont les productions sont effectivement fort vivantes, riches et diversifiées. Pas seulement aux USA, en France aussi. L’éclectisme de leurs travaux ici condamné n’est-il pas aussi caractéristique des recherches en anthropologie ? Est-ce bien sérieux d’écrire aujourd’hui que « celle-ci [l’anthropologie] devrait être partie prenante, en première personne, sur ces terrains » ? Je note dans ce texte la confusion concernant la définition du terme « terrains », employé ici avec une polysémie systématique autant que floue (comme d’ailleurs dans le texte « conjoncture ») pour signifier objets, méthodes, champ, discipline - un anthropologue sans terrain serait-il privé d’existence ?

Cette déclaration m’apparait comme une volonté d’hégémonie pour le moins étonnante [2]…

Les auteurs en SIC et en sciences de l’éducation travaillent depuis longtemps d’une manière ouverte et pluridisciplinaire, en s’appuyant sur les travaux de Leroi-Gourhan, oubliés des anthropologues… mais aussi sur les méthodes des ergonomes, sur les concepts des sciences cognitives, en employant l’observation directe qui n’est plus depuis longtemps la propriété de la seule anthropologie - si elle le fût un jour, à part dans les fantasmes propriétaires d’anthropologues ignorants des travaux des autres disciplines.

Ce texte m’apparait comme une pathétique tentative, vouée à l’échec, de récupération par une anthropologie désormais sans projet, sans objet, et même sans déontologie [3],et pour tout dire, sans avenir, pour tout dire d’une OPA sur des disciplines jeunes ne disposant pas encore au sein du comité national d’une section (ou d’une partie d’une section), contrairement aux vieilles anthropologie/ethnologie qui ne semblent aujourd’hui capables ni de faire un bilan, ni d’envisager leur avenir.

Posté le 22 juin 2007 par Chercheur en sciences de l’éducation
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Rapport de conjoncture de la section 38

Pour info, guide de fonctionnement des commissions de spécialistes de l’enseignement supérieur (avril 2002, ministère de l’éducation nationale)...

Ne doivent en aucun cas prendre part à la séance de la commission au moment de l’examen des dossiers :

Les personnes dont la situation est examinée, ainsi que leurs parents ou alliés jusqu’au troisième degré inclus, ainsi que l’ancien conjoint d’un candidat. De ce fait, sont concernés par ces dispositions les membres de la commission qui se trouvent également être : Le candidat lui-même ; Le frère ou la sœur d’un candidat ; Le conjoint ou l’ancien conjoint du candidat (cela inclut les concubins, les personnes ayant souscrit un PACS, et toute situation de vie maritale notoire) ; Le père ou la mère, le fils ou la fille du candidat ; L’oncle ou la tante du candidat ; Le cousin germain du candidat ; Le beau-père, la belle-mère, le beau-frère ou la belle-sœur du candidat ; Tout membre d’une commission de spécialistes, s’il a manifesté ostensiblement, oralement ou par écrit, une animosité à l’égard du candidat ; Tout membre dont l’impartialité peut être mise en cause du fait de ses rapports avec le candidat.

Posté le 21 juin 2007 par Autre
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Journée d’étude « Les nouvelles formes de l’altérité »

Le texte et le document mis en ligne sont le livret de présentation de la journée d’études (avec les résumés programmes des auteurs), et non un « compte-rendu ».

Ce serait utile de mettre en ligne aussi un vrai compte-rendu. Donc, appel aux organisateurs des journées et aux participants de bonne volonté… Merci d’avance.

Eliane Daphy

Posté le 20 juin 2007 par Eliane Daphy
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références bibliographiques

Selon le monsieur membre élu de de la section 38 du Comité national de la recherche scientifique, et président de l’Apras, oser demander qu’un texte soumis au débat collectif comporte ses références bibliographiques est irrecevable. La grosse artillerie est de sortie, et voilà les malheureux collègues qui demandent que les normes minimales de la publication scientifique soient respectées traités ironiquement de « pédants venimeux » et de « valeureux guerriers de la bibliographie ».

Bonne nouvelle pour ceux qui s’appliquent à donner les références de leurs sources et citations dans leurs écrits : en anthropologie et ethnologie, ce n’est désormais pas nécessaire de perdre son temps avec de telles imbécilités. Les grands évaluateurs de la section 38 (évaluations des laboratoires, des chercheurs, des promotions, des intégrations) en ont décidé ainsi. Avis pour les doctorants, faire une bibliographie est inutile : il suffit de mettre entre parenthèse un nom, une date, et c’est tout bon.

C’est moderne et novateur, c’est sans doute cela, la nouvelle science ?

Quant à demander la publication par la section 38 d’un minimum de critères d’évaluation objectifs, comme toutes les autres sections du Comité national l’ont fait, soit en publiant les critères fournis par le CNRS, soit en les complétant, amendant, expliquant, alors là, c’est un crime de lèse-majesté. Des critères ? Mais vous n’y pensez pas, comment osez-vous ? Vous savez bien que nous autres ethnologues, nous ne sommes pas comme les autres scientifiques dogmatiques, nous pouvons - que dis-je, nous devons- nous passer de critères, l’ethnologie/anthropologie est une petite entreprise familiale qui marche très bien, nous sommes tous d’accord sur la nécessité absolue de se passer de critères d’évaluation… Tous d’accord parmi les membres de la section 38 ? Qu’attend la direction du CNRS pour mettre un peu d’ordre dans ce fonctionnement maffieux, au lieu de le soutenir objectivement en entérinant les décisions de ce joyeux club de copains/copines qui n’en ont rien à faire de la déontologie scientifique ?

Quant à l’anonymat : c’est vraiment étonnant, n’est-ce pas, chères et chers responsables de la discipline, vu vos pratiques et le système « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », que ceux, de plus en plus nombreux, qui osent sortir du silence, ne vous communiquent pas leur identité !

Consternant

ethnologue pédant venimeux aigri anonyme et je rajoute aussi hargneux, irrespectueux, imbécile pas heureux, stalinien et passeïste

Posté le 20 juin 2007 par pédant venimeux aigri anonyme
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Rapport de conjoncture de la section 38

Ce n’est pas seulement le petit nombre de postes de chercheurs ouverts au concours du CNRS qui désespère les jeunes docteurs en anthropologie et met sérieusement en question l’avenir de ces disciplines en France. Les conditions dans lesquelles ces postes sont attribués depuis quelques années sont aussi largement en cause.

Indubitablement, il n’est pas sain que des pratiques qui seraient, dans d’autres milieux professionnels, unanimement condamnées, deviennent la règle en matière de recrutement dans nos disciplines : que quelques labos parisiens, auxquels appartiennent ou sont liés DSA et membres de commission, soient ouvertement favorisés, au détriment des candidats et des labos de province en particulier ; qu’un DSA puisse flécher une allocation de post-doctorat de manière si précise que seule une de ses doctorantes peut y prétendre, sans que cette pratique, bien connue, ne soit remise en question ; que chaque année la règle du mérite scientifique paraisse contournée, lorsque chacun ne peut que peut constater les liens entre tel candidat(e) et tel membre de commission, que tel candidat n’a encore rien publié ou n’a pas réalisé ce qu’on devrait attendre pour un concours CR1, etc… Le discrédit affecte tous les recrutés, tous les membres de jury et finalement l’institution.

Il est certain que nous n’avons rien à y gagner. C’est pourquoi nous demandons au moins, dans un premier temps, que des exigences élémentaires soient respectées, pour garantir plus de transparence et d’équité :

En outre, des critères d’évaluation pourraient être publiés sur la page Internet de la commission 38, où ils sont jusqu’à aujourd’hui « non disponibles ».

Les évaluations des candidatures devraient pouvoir être communiquées aux candidats qui en font la demande.

Enfin, il semble aller de soi que des membres de commission ayant des liens de parenté, appartenant au même labo ou ayant dirigé la thèse d’un(e) candidat s’abstiennent de participer aux rapports et aux discussions les concernant. Cette pratique, courante en France, est proscrite dans le milieu universitaire d’autres pays.

Nous espérons que les Assises de l’ethnologie et de l’anthropologie en France seront le lieu d’un débat franc, sans interdit, pour une réelle refondation de nos disciplines. Un proverbe dit que le poisson pourrit par la tête, il est temps de réagir.

Jeunes chercheurs en colère

Posté le 20 juin 2007 par Jeunes chercheurs en colère
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Rapport de conjoncture de la section 38

Je dois avouer que j’ai été franchement surpris que ce monsieur nous offre une réponse. C’est déjà une volonté qu’il faut saluer. Tout le monde ne le ferait pas, mais cela n’empêche pas que nous sommes anthropologues et qu’en tant que tels nous devons débattre des luttes idéologiques et sociales internes a notre discipline, et ce non pas pour pratiquer l’auto-flagellation, mais pour avancer un peu sur le plan scientifique et politique. Vous avouerez, au passage, que « monsieur » fait quand même moins tache que « petit malin ». Mais le terme révèle qu’on a bien touché quelque chose d’important. On ne s’étonnera donc pas que cette réponse se présente comme un vif effort pour repousser dans le non-dit un certain nombre de questions. Toutes les objections ont été réunies dans un seul corps de phrases, les questions présentées comme des assertions, et ramenées dans l’idée d’une frustration générale ou d’une malséance latente. Cette réponse en forme de parade permet de donner l’impression que l’on avance en faisant du sur-place, de donner l’impression que l’on parle d’un débat tout en le refusant. C’est un effort pour empecher le retour du refoule. Je parle ici seulement et uniquement du premier paragraphe.

Je commencerai par un commentaire sur le premier paragraphe, le plus politicien comme une parade défensive. Celui qui devrait être analysé à l’aune des écrits de Schopenauer. Je pressens qu’on va encore se balancer des références à la figure.

Faisons donc dans la simplicité et dans la réitération limpide :

1- La critique morale qui consiste à dire « moi je ne parle pas sous l’anonymat », vous êtes des penseurs couchés (quelle extravagance ! quelle extrapolation abusive !) est la critique du dominant au dominé. Ce monsieur gagne à avancer sans anonymat et il peut se le permettre, les conséquences pour un doctorant ou un jeune docteur pourraient être parfaitement catastrophiques. D’ailleurs quand on est membre de la section 38, on peut se permettre de donner un texte sans référence, chose exceptionnelle.

2- La question n’est pas celle de la bonne ou de la mauvaise anthropologie. Posée ainsi elle nous conduit vers une impasse et elle déforme la question initiale. La question est de savoir pourquoi tant d’auteurs sont clairement occultés dans ce rapport qui, il faut le rappeler, reflète quelques a priori légitimes de la section 38. Pour une petite liste d’anthropologues occultés cf. mon premier message. Alors de deux choses l’une : soit on assume sa position et on indique clairement le manque de pertinence des auteurs concernés, soit on les intègre dans les orientations du recrutement. Toutefois, dans ce texte, ils sont clairement éludés et, comme je ne sous estime pas la qualité scientifique des membres de la commission, je dirai qu’ils sont volontairement éludés. Cela montre bien qu’il existe un paroissialisme latent derrière cette façade. D’ailleurs, vous remarquerez que l’auteur botte en touche sur cette question. La question est de savoir si l’on n’est pas en train d’amputer une partie des avancées épistémiques de notre discipline se résumerait-elle a l’envie « d’en découdre », au « depit » ? Allons, arrêtons les plaisanteries d’un gout douteux, l’enjeu mérite mieux que cela. Tout cela demande un véritable effort, un véritable pluralisme scientifique, et, pour être tout a fait sincère, je ne sais pas si les participants a ce forum seraient capables d’un tel effort. Mais ils ne sont pas membres du jury de la section 38 ! Donc oui, il y a encore des efforts à faire pour être républicain et cela ne concerne pas seulement la question 38.

3- Par contre, on peut vraiment saluer l’explication sur la sélection des candidats. Devenir bureaucrate ou garder une marge d’appréciation assez consistante afin de ne pas se tromper ? Il s’agit d’une grande responsabilité. Cependant, il existe des outils pour aller au-delà de ce dilemme. Pourquoi diable ne pas les utiliser systématiquement ? D’autant plus que les rapports permettraient aux candidats d’améliorer leur dossier dans l’optique de futurs concours.

4- Je ne vois pas comment on pourrait construire un objet hors du cadre de la mondialisation, sauf s’il s’agit d’un objet atemporel et donc sans pertinence anthropologique ? Cette assertion me laisse perplexe.

5- La surreprésentation du « religieux » dans la section 38 et dans le recrutement relève de l’état de fait, on n’en discutera pas. On l’assume. D’ailleurs c’est a ce point justifiable qu’on en appel a l’auto-denegation. Voila, encore une fois, une manifestation du paroissialisme régnant dans l’anthropologie française. Les travaux sur la religion sont extrêmement intéressants etc., ils ne sont cependant pas les seuls, et le recrutement de cette année laisse entrevoir un clair déséquilibre et la défense de son pré-carré, pas de l’anthropologie !

6- Si la section 38 est la propriété de l’APRAS alors on a un sérieux problème, car le fonctionnement de notre discipline qui n’est pas, je saisis la perche au passage, sans rappeler les sociétés segmentaires, on risque de tomber dans des choix politiques. La question ne concerne pas seulement l’auteur du texte, ni même l’APRAS mais toute l’anthropologie. Sur cette question encore une fois silence radio.

Enfin, comme je ne pensais que ce Monsieur nous repondrait et qu’il nous a repondu, j’ai l’impression naive que ce debat pourra peut etre avoir lieu. De toute facon on y est deja, l’enjeu est bien de poser les bases du debat.

Posté le 19 juin 2007 par asdiwal
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anonymes aigris

Les candidats écartés critiquent, mais c’est parce qu’ils sont écartés. Les candidats reçus, on ne voit pas de quoi ils se plaindraient. Et les enseignants nous détestent. Voilà, silence dans les rangs et place au « débat d’idées ». C’est quand, la perestroïka ?

Posté le 19 juin 2007 par Anonymes aigris
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Rapport de conjoncture de la section 38

Il est réjouissant de voir ce site s’animer. On sent le désir d’en découdre. On entend des cris de guerre. Des chevaliers masqués s’avancent. Mais qui sont-ils ces valeureux guerriers de la bibliographie ? Des candidats malheureux qu’inspire seul le dépit ? Des enseignants mus par la haine ordinaire dans l’université française ? Je n’en crois rien. Ce forum ne le mériterait pas. Nous n’avons pas de jeunes prématurément aigris ni de pédants venimeux n’est-ce pas ? Aucun franc-tireur planqué derrière son anonymat, pas de corbeau non plus. Formidable. Un petit malin a fini par trouver : si on s’intéressait aux idées ? Ah oui, tiens, on y arrive. Donc, quoi ? passéisme, APRAS (qui est l’organe de la section 32 ??!), « ce monsieur qui fait partie de la section 38 » ( mais qui ? mais qui ? mézigue ?), il faut relire Bourdieu, on n’est pas assez républicain, surreprésentation des spécialistes du religieux, quels critères d’intégration, membres du comité national tous pourris ? Tant de maux, au secours….

Parmi les sujets qui certes méritent débat il y a le problème des critères pour le recrutement, le fonctionnement du comité national (et du jury d’admissibilité), l’existence d’une « idéologie officielle » de la discipline, et pas mal d’autres pommes de discorde. Je propose d’en discuter sur plusieurs pistes, notamment la piste 1 qui conviendrait peut-être mieux au débat sur les critères de sélection et sur le fonctionnement du comité national et du CNRS. L’altérité (piste 4 sauf erreur) c’est aussi conseillé pour une vigoureuse et stimulante chamaille idéologique.

Pour notre piste 2, je m’en tiendrai à des remarques sur « au fond, c’est quoi l’ethno ? » et sur « qui dit que celui-ci ou celle-la est le (la) meilleur(e) ? »

A la première question bien sûr tout le monde a des réponses mais personne n’a de solution. Dans notre comité national (donc jury) de la section 38 je ne pense pas qu’il y ait un consensus absolu sur la « définition de l’ethno ». Est-ce mal ? Pas forcément, d’abord parce que cela respecte la diversité des points de vue et ensuite parce que cela permet de ne pas hiérarchiser abusivement des préférences qui restent assez subjectives. Personnellement je doute que définir une liste de critères soit avantageux pour personne. Cela dit, il existe sans doute un consensus sur des critères évidents (pour le CR2 on regarde de près son rapport de thèse, on cherche quelques publications pour le CR1) et dans tous les cas un projet de recherche (c’est l’exercice à mon avis le plus délicat) qui tient la route (sans être trop terre à terre) et ambitieux (sans être irréaliste). Mais aucun critère n’est absolu. Tel candidat a moins de publications, mais son projet paraît plus prometteur, tel autre a plus de connaissances mais sa méthode pêche par certains côtés, et cela à l’infini. Le terrain (c’est-à-dire l’investigation participante, l’immersion dans la situation, le contact direct avec les acteurs) reste un critère très important. Au final, les évaluateurs ne sont jamais sûrs d’avoir raison, d’avoir appliqué le bon critère, d’avoir émis le jugement juste. Je ne peux parler au nom de mes collègues de la section 38 mais je crois pouvoir dire que règne chez nous un doute critique sur nos critères. A mon avis c’est une attitude plutôt saine mais ça rend difficile la publication d’une liste officielle. Louis Dumont nous disait qu’en fait régnait un consensus sur ce qui était de la bonne ou de la mauvaise anthropologie, mais ne vaut-il pas mieux, parfois, ne pas tout réglementer d’avance ? Les gens ont des idées intéressantes ou banales, ils ont bien décrit, bien analysé, avec attention et précision, ou c’est flou, pas vraiment convaincant. Notre problème c’est que nous ne sommes pas dans des sciences expérimentales ni exactes. Il faut faire avec et malgré cela on arrive à se mettre plus ou moins d’accord. Ceci est un point de vue personnel. En tout cas ne venez pas nous dire que les candidats sont aussi démunis devant le jury d’admissibilité que le voyageur devant le sphinx. Ils ont tous passé plusieurs années à préparer, écrire et enfin défendre une thèse de doctorat devant des gens qui sont les mêmes que ceux qui siègent dans le jury du CNRS. Il faut bien dire que dans certains cas leur directeur de thèse aurait pu mieux les préparer à l’oral du concours, même si l’oral ne compte pas énormément.

Pour ce qui est des cadres théoriques de la recherche il y a actuellement, à mon avis, une surenchère sur la « construction de l’objet ». Cela se comprend très bien si on suit mon argument exposé dans l’article « inventaire et comparaison ». Les Tikopia ou les Nuer n’avaient nul besoin d’être « construits ». Ils étaient. Evans-Pritchard a construit la théorie de leur système segmentaire mais pas avant d’y être allé. L’abri de bus, comme Objet de l’Anthropologie, construit à grand renfort de sémiologie ou envisagé du point de vue de la mondialisation —non plutôt de la patrimonialisation, c’est beaucoup mieux !— l’abri de bus disais-je est un artefact urbain avant d’être un artefact universitaire. Son statut de mobilier de science est très différent de celui d’une population, d’un village, d’une communauté, d’une culture. On peut réfléchir à partir de là. Je n’en dirai pas plus. Dernier conseil de lecture : Bourdieu oui, mais aussi : Voltaire !

Posté le 19 juin 2007 par Charles Macdonald
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